Oral Bac Français 2026

Sacha Allain  ·  Première Générale

30min
Préparation seul(e)
avant de passer
12min
Explication linéaire
+ question de grammaire
12 points
8min
Œuvre choisie
+ entretien ← C'est ici
8 points

① Explication linéaire (12 pts) : Pendant la préparation (30 min), tu lis attentivement le texte tiré au sort et tu prépares ton plan au fil des lignes. À l'oral, tu expliques le texte de manière linéaire (~10 min) en dégageant tes axes de lecture, les procédés littéraires et leurs effets. L'examinateur te pose ensuite une question de grammaire sur un point précis du texte (~2 min).

② Œuvre choisie (8 pts) : L'examinateur a devant lui un document récapitulatif où ton œuvre est notée. Tu fais d'abord une courte présentation (~2 min), puis il lance une discussion (~6 min). Il peut poser des questions sur le livre, sur les thèmes, mais aussi élargir à d'autres œuvres vues dans l'année.

🎓 Simulateur d'oral
📚 Mon œuvre choisie
🎲 Texte tiré au sort
Préparation 30 min
Explication · 12 pts 12 min
Entretien · 8 pts 8 min
30:00
Préparation seul(e)
L'examinateur choisit un texte dans ta liste. Tu as 30 min de préparation, puis tu lis le texte à voix haute, tu fais l'explication linéaire (~10 min), et tu réponds à une question de grammaire (~2 min). Clique sur un texte pour voir sa fiche complète.
1
L'Albatros
Charles Baudelaire · Les Fleurs du Mal
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Mvt 1 — L'albatros en vol : majesté (v.1-4)
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers.
Mvt 2 — L'albatros sur le pont : déchéance (v.5-12)
À peine les ont-ils déposés sur les planches, Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d'eux. Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid ! L'un agace son bec avec un brûle-gueule, L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !
Mvt 3 — Allégorie du Poète (v.13-16)
Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l'archer ; Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « Spleen et Idéal », 1857.

Charles Baudelaire

Les Fleurs du Mal (1857)

XIXe siècle

Symbolisme / Parnasse

2e poème des Fleurs du Mal, section « Spleen et Idéal » (1857). Le poème s'inspire d'une anecdote vraie vécue lors du voyage de Baudelaire vers l'île Maurice en 1839. Des marins capturent un albatros, majestueux en vol, pour s'en moquer sur le pont où il devient pitoyable. La dernière strophe révèle l'allégorie : le Poète est comme cet albatros — génie dans les hauteurs, exilé et incompris parmi les hommes.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment Baudelaire met-il en scène l'albatros pour illustrer la condition du poète, pris entre le spleen et l'idéal, entre splendeur et misère ?
Mouvement 1 (v.1-4) — Une empathie avec l'oiseau : sa majesté avant la capture
Mouvement 2 (strophes 2-3) — La décadence de l'animal : mise en scène de la cruauté des marins
Mouvement 3 (dernière strophe) — L'allégorie révélée : l'albatros figure le poète incompris
Procédés littéraires clés
Allégorie« Le Poète est semblable au prince des nuées »L'albatros représente métaphoriquement le poète — majestueux dans les hauteurs, pitoyable et exilé parmi les hommes
Enjambement« les hommes d'équipage / Prennent des albatros »La phrase déborde sur le vers suivant : le lecteur découvre l'albatros déjà prisonnier avant de le voir voler
Présent d'habitude« Prennent des albatros » (v.2)Le présent suggère une cruauté récurrente et banale — les marins recommencent « souvent »
Périphrases« vastes oiseaux des mers » / « indolents compagnons de voyage »Désignent l'albatros en vol, soulignant sa majesté avant la capture — contraste avec sa déchéance au sol
Hypallage« vastes oiseaux des mers »L'adjectif « vaste » qualifie l'oiseau mais s'applique logiquement à la mer — figure qui crée une confusion poétique riche
Épitrochasme« À peine les ont-ils déposés sur les planches » (v.5)Accumulation de mots courts qui accélère le rythme, illustrant la brutalité soudaine du dépôt sur le pont
Allitérations L/S → R« Le navire glissant » / « les gouffres amers »Sons doux L et S imitent le vol gracieux ; le son R rugueux évoque la violence et la chute
Assonances AN/ON« maladroits et honteux » / « piteusement »Sonorités nasales traditionnellement désagréables — le lecteur ressent physiquement le malaise de l'albatros
Métaphore (scène de théâtre)« déposés sur les planches »Les « planches » désignent une scène de théâtre : le pont du navire devient un spectacle cruel, les marins des spectateurs
Paronomase« prince des nuées » / « au milieu des huées »Proximité sonore nuées/huées : la gloire céleste se transforme en moqueries — la chute est inscrite dans les sons mêmes
Présent de vérité générale« Le Poète est semblable au prince des nuées » (v.13)Action vraie en tout temps, comme dans une fable — confère une dimension universelle et intemporelle au poème
Question de grammaire possible
Propositions subordonnées relatives introduites par « Qui » — ex : « Qui suivent, indolents compagnons de voyage » (v.3) — relative déterminative, antécédent « albatros », fonction sujet. Même construction : « Qui hante la tempête et se rit de l'archer ».
▶ Analyse Mediaclasse — L'Albatros
2
Le Dormeur du Val
Arthur Rimbaud · Cahiers de Douai
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Mvt 1 — Un décor trompeur : hypotypose d'une nature vivante (v.1-4)
C'est un trou de verdure où chante une rivière Accrochant follement aux herbes des haillons D'argent ; où le soleil, de la montagne fière, Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Mvt 2 — Le soldat jeune euphémisé par « dort » (v.5-8)
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Mvt 3 — L'ombre de la mort : Nature allégorique (v.9-11)
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme Sourirait un enfant malade, il fait un somme : Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Mvt 4 — Chute cruelle : révélation finale, acrostiche LIT (v.12-14)
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, 7 octobre 1870.

Arthur Rimbaud

Cahiers de Douai (1870)

XIXe siècle

Pré-symbolisme / Romantisme tardif

Sonnet écrit le 7 octobre 1870 — Rimbaud a 15 ans, il a fait sa première fugue en août. La France est en guerre contre la Prusse (défaite de Sedan le 2 sept. 1870). Un soldat semble dormir dans un val verdoyant bercé par la Nature. Tout le poème ménage un suspense croissant : la chute finale brise l'illusion — le dormeur est mort, « deux trous rouges au côté droit ».

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment ce tableau poétique d'un soldat endormi au cœur d'une Nature magnifique prépare-t-il une chute brutale au service d'une dénonciation de la guerre ?
Mouvement 1 (v.1-4) — Un décor trompeur : hypotypose d'une nature vivante et inquiète
Mouvement 2 (v.5-8) — Une indignation contre la guerre : le soldat jeune euphémisé par « dort »
Mouvement 3 (v.9-12) — L'ombre de la mort : froid, sourire figé, Nature allégorique
Mouvement 4 (derniers vers) — Une chute cruelle : révélation finale, acrostiche LIT
Procédés littéraires clés
Hypotypose« C'est un trou de verdure où chante une rivière / Accrochant follement… »Description saisissante et animée — le lecteur est impliqué comme s'il était présent sur les lieux
Déictiques« C'est un trou de verdure… c'est un petit val »Les deux présentatifs encadrent le quatrain et désignent directement le décor — l'effet de mise en scène immersive
Personnification de la Nature« Nature, berce-le chaudement : il a froid » (v.11)L'apostrophe avec majuscule en fait une allégorie maternelle, figure de la Vierge à l'Enfant — le dormeur devient un martyr
Polysémie« un petit val qui mousse de rayons » (v.4)« Mousse » = végétation ET écume des vagues — deux sens qui confondent lumière et nature dans une image liquide
Synesthésie« Pâle dans son lit vert où la lumière pleut » (v.8)La lumière est à la fois vue et entendue comme la pluie — mélange des sens, poétique symboliste naissante
Homophonie« Dort » (v.7) / « D'argent » (v.3)« Dort » et « d'or » se prononcent presque pareil — le sommeil se transforme en métal précieux, la mort en trésor caché
Euphémisme« Dort » (v.7) / « il fait un somme » (v.10)Le verbe dormir atténue la réalité de la mort — maintient le suspense et la tension jusqu'au vers final
Acrostiche LIT« Les parfums… » / « Il dort… » / « Tranquille. »Les initiales L-I-T forment le mot « lit » (tombeau) mais aussi le verbe « lire » — invitation au lecteur à partager le sort du dormeur
Dimension christique« Il a deux trous rouges au côté droit » (v.14)Référence à la blessure du Christ percé par le soldat romain — le dormeur devient un martyr de la guerre, figure de résurrection
Question de grammaire possible
Propositions subordonnées relatives introduites par « où » — ex : « où chante une rivière » (v.1), « où la lumière pleut » (v.8) — antécédents « trou de verdure » et « lit vert ». Le pronom relatif « où » indique une circonstance de lieu ; ces relatives soulignent l'immersion du dormeur dans la Nature. Même question que pour L'Albatros (relatives en « qui »/« où »).
▶ Analyse Mediaclasse — Le Dormeur du Val
3
Ma Bohème
Arthur Rimbaud · Cahiers de Douai
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Mvt 1 — Le départ : liberté du vagabond-poète (v.1-4)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal ; J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ; Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mvt 2 — Le rêve cosmique : fusion avec la nature (v.5-8)
Mon unique culotte avait un large trou. — Petit Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse ; — Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Mvt 3 — L'expérience sensorielle et créatrice (v.9-14)
Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, Comme des lyres, je tirais les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, 1870.

Arthur Rimbaud

Cahiers de Douai (1870)

XIXe siècle

Pré-symbolisme / Romantisme

Sonnet sous-titré « Fantaisie », écrit en 1870, Cahiers de Douai. Rimbaud a 16 ans, il fugue de Charleville et erre dans les campagnes ardennaises. Il raconte ses escapades de vagabond-poète avec jubilation ironique : pauvreté revendiquée, paletot en lambeaux, mais âme libre. La misère matérielle est transfigurée en richesse créatrice et fusion avec la nature.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment Rimbaud transforme-t-il son errance de vagabond en un acte poétique et spirituel célébrant la liberté ?
Mouvement 1 (v.1-4) — Le départ du poète : liberté du vagabond et idéalisation du voyage
Mouvement 2 (v.5-8) — Le rêve cosmique : fusion du poète avec la nature et le ciel
Mouvement 3 (v.9-14) — L'expérience sensorielle et créatrice : la poésie née du contact avec le monde
Procédés littéraires clés
Verbe de mouvement« Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées » (v.1)Le départ est immédiat, solitaire, sans destination fixe — symbole d'indépendance et de rupture avec les contraintes sociales
Participe passé adjectivé« les poings dans mes poches crevées »« Crevées » qualifie les poches comme abîmées — la pauvreté est revendiquée avec fierté, presque un blason de liberté
Antithèse« Mon paletot aussi devenait idéal » (v.2)Le vêtement abîmé est transfiguré par l'imagination poétique — le réel sordide se sublime en symbole spirituel
Apostrophe + tutoiement« Muse ! et j'étais ton féal » (v.3)Le poète tutoie sa Muse comme une divinité familière — lien de vassalité poétique intime, héritage de la mythologie grecque
Intertextualité« Petit Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course / Des rimes » (v.5-6)Le poète sème des rimes comme des cailloux — le voyage poétique devient un jeu d'enfant, la création quelque chose de naturel
Métaphore cosmique« Mon auberge était à la Grande-Ourse » (v.7)Le ciel devient sa maison — la nature accueille le poète errant, élévation du réel vers le cosmique et le merveilleux
Synesthésie« Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou » (v.8)Les étoiles sont à la fois vues et entendues — les sons et les images se confondent, dimension symboliste naissante
Comparaison« Comme des lyres, je tirais les élastiques / De mes souliers blessés » (v.13-14)Les élastiques de chaussures pauvres deviennent des cordes de lyre — tout objet misérable se transforme en instrument poétique
Ponctuation expressive« Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées ! » (v.4)L'enthousiasme adolescent et la ferveur poétique s'expriment par des interjections — lyrisme moderne, spontané et décomplexé
Question de grammaire possible
Propositions subordonnées relatives à valeur temporelle introduites par « où » — ex : « Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes » (v.9-10) — le pronom relatif « où » remplace « quand/pendant lesquels » ; antécédent « soirs ». Identifiez la fonction et la valeur : lieu ou temps ?
▶ Analyse Mediaclasse — Ma Bohème
4
Le Loup et le Chien
Jean de La Fontaine · Fables
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Mvt 1 — Portrait contrasté : loup maigre / chien gras (v.1-4)
Un Loup n'avait que les os et la peau, Tant les chiens faisaient bonne garde. Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau, Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
Mvt 2 — Le loup renonce à attaquer et s'abaisse à flatter (v.5-12)
L'attaquer, le mettre en quartiers, Sire Loup l'eût fait volontiers ; Mais il fallait livrer bataille, Et le Mâtin était de taille À se défendre hardiment. Le Loup donc l'aborde humblement, Entre en propos, et lui fait compliment Sur son embonpoint, qu'il admire.
Mvt 3 — L'argumentation du chien : rhétorique de la servitude (v.13-28)
« Il ne tiendra qu'à vous beau sire, D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien. Quittez les bois, vous ferez bien : Vos pareils y sont misérables, Cancres, hères, et pauvres diables, Dont la condition est de mourir de faim. Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée : Tout à la pointe de l'épée. Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. » Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ? — Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens Portants bâtons, et mendiants ; Flatter ceux du logis, à son Maître complaire : Moyennant quoi votre salaire Sera force reliefs de toutes les façons : Os de poulets, os de pigeons, Sans parler de mainte caresse. »
Mvt 4 — Révélation du collier, refus du loup : morale implicite (v.29-fin)
Le Loup déjà se forge une félicité Qui le fait pleurer de tendresse. Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé. « Qu'est-ce là ? lui dit-il. — Rien. — Quoi ? rien ? — Peu de chose. — Mais encor ? — Le collier dont je suis attaché De ce que vous voyez est peut-être la cause. — Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas Où vous voulez ? — Pas toujours ; mais qu'importe ? — Il importe si bien, que de tous vos repas Je ne veux en aucune sorte, Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. » Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. Jean de La Fontaine, Les Fables, Livre I, 5, 1668.

Jean de La Fontaine

Fables, Livre I, fable 5 (1668)

XVIIe siècle

Classicisme

Fable du Livre I (1668), inspirée d'Ésope mais très développée par La Fontaine. Un loup famélique rencontre un chien gras et tente d'abord de l'attaquer, puis, incapable de livrer bataille, l'aborde humblement. Le chien l'invite à rejoindre son maître. Le loup est sur le point d'accepter, mais aperçoit la marque du collier : il refuse et s'enfuit, préférant la faim à la perte de sa liberté.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment La Fontaine met-il en scène cette rencontre entre deux personnages opposés pour inviter implicitement le lecteur à mener une réflexion émancipatrice sur la liberté ?
Mouvement 1 — Deux personnages opposés : portrait contrasté (loup maigre / chien gras)
Mouvement 2 — Une intrigue qui retient l'attention : le loup renonce à attaquer et s'abaisse à flatter
Mouvement 3 — L'argumentation excessive du chien : la rhétorique de la servitude confortable
Mouvement 4 — La révélation et la chute : le collier, symbole de servitude ; refus du loup
Procédés littéraires clés
Article indéfini → défini« Un Loup… Ce Loup rencontre un Dogue »Passage de la catégorie générale (un loup) au personnage particulier (ce loup) — la dimension allégorique se construit progressivement
Discours indirect libre« L'attaquer, le mettre en quartiers, / Sire Loup l'eût fait volontiers » (v.5-6)Les pensées du loup sont rapportées sans verbe introducteur ni guillemets — le lecteur entre directement dans sa tête
Allitération en K« L'attaquer, le mettre en quartiers » (v.5)Les sons K évoquent la violence, la brutalité instinctive du loup — premier élan que la réflexion va brider
Verbes d'action → parole« attaquer » → « aborde, entre en propos, fait compliment » (v.10-11)La violence animale laisse place au discours : la civilisation naît quand les mots remplacent la force brute
Ironie« Tant les chiens faisaient bonne garde » / « s'était fourvoyé par mégarde »Le chien censé faire « bonne garde » s'est égaré lui-même — La Fontaine se moque malicieusement dès le départ
Question rhétorique« Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée ! » (v.19)Le chien pose une question et y répond lui-même — procédé rhétorique pour emporter l'adhésion sans laisser réfléchir
Présent de narration« Ce Loup rencontre un Dogue… Le Loup donc l'aborde »Le présent actualise les actions passées — la fable gagne en vivacité, on assiste à la scène comme au théâtre
HétérométrieAlternance d'alexandrins (12 syll.) et d'octosyllabes (8 syll.)Le changement de longueur s'adapte au rythme narratif — vers courts pour l'urgence, vers longs pour l'argumentation
Morale implicite« Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. »Pas de morale explicite en fin de fable — La Fontaine laisse le lecteur conclure lui-même sur la valeur de la liberté
Question de grammaire possible
Analyse du discours indirect libre — ex : « L'attaquer, le mettre en quartiers, / Sire Loup l'eût fait volontiers » (v.5-6) : les pensées du loup sont rapportées sans verbe introducteur ni guillemets. Identifier le mode et le temps (conditionnel passé 2e forme = subjonctif plus-que-parfait) et sa valeur (hypothétique/irréel du passé).
▶ Analyse Mediaclasse — Le Loup et le Chien
5
La Boétie — « Un monstre de vice »
Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire
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Mvt 1 — Un premier constat : l'obéissance qualifiée de vice monstrueux

Mais ô grand Dieu ! qu'est donc cela ? Comment appellerons-nous ce vice, cet horrible vice ? N'est-ce pas honteux, de voir un nombre infini d'hommes non seulement obéir mais ramper, non pas être gouvernés mais tyrannisés, n'ayant ni biens ni parents ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ? Souffrir les rapines, les brigandages, les cruautés, non d'une armée, non d'une horde de barbares, contre lesquels chacun devrait défendre sa vie au prix de tout son sang, mais d'un seul ; non d'un Hercule ou d'un Samson, mais d'un vrai Mirmidon, souvent le plus lâche, le plus vil et le plus efféminé de la nation, qui n'a jamais flairé la poudre des batailles, mais à peine foulé le sable des tournois ; qui est inhabile, non seulement à commander aux hommes, mais aussi à satisfaire la moindre femmelette !

Mvt 2 — Une passivité inqualifiable : gradation numérique

Nommerons-nous cela lâcheté ? Appellerons-nous vils et couards les hommes soumis à un tel joug ? Si deux, si trois, si quatre cèdent à un seul, c'est étrange, mais toutefois possible ; peut-être avec raison, pourrait-on dire : c'est faute de cœur. Mais si cent, si mille se laissent opprimer par un seul, dira-t-on encore que c'est de la couardise, qu'ils n'osent s'en prendre à lui, ou plutôt que, par mépris et dédain, ils ne veulent lui résister ? Enfin, si l'on voit non pas cent, non pas mille, mais cent pays, mille villes, un million d'hommes ne pas assaillir, ne pas écraser celui qui, sans ménagement aucun, les traite tous comme autant de serfs et d'esclaves : comment qualifierons-nous cela ?

Mvt 3 — Un vice innommable : ce mal dépasse la langue et la raison

Est-ce lâcheté ? Mais pour tous les vices, il est des bornes qu'ils ne peuvent dépasser. Deux hommes et même dix peuvent bien en craindre un, mais que mille, un million, mille villes ne se défendent pas contre un seul homme ! Oh ! Ce n'est pas seulement couardise, elle ne va pas jusque-là ; de même que la vaillance n'exige pas qu'un seul homme escalade une forteresse, attaque une armée, conquière un royaume ! Quel monstrueux vice est donc celui-là que le mot de couardise ne peut rendre, pour lequel toute expression manque, que la nature désavoue et la langue refuse de nommer ?

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, v. 1548.

Étienne de La Boétie

Discours de la servitude volontaire (v. 1549)

XVIe siècle

Humanisme / Renaissance

XVIe siècle, humanisme : La Boétie rédige ce Discours probablement vers 1548, comme exercice rhétorique. Il y examine un paradoxe : la soumission consentie des peuples à un seul tyran. Cet extrait est un « morceau de bravoure » : avec une indignation véhémente et toutes les ressources de la rhétorique, il dénonce l'obéissance aveugle et cherche à définir ce vice sans nom que même la langue refuse de nommer.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment ce texte polémique, en utilisant toutes les ressources de la rhétorique, traduit-il l'indignation face à une situation contre nature et la dénonce-t-il avec force et originalité ?
Mouvement 1 — Un premier constat marqué par l'indignation : l'obéissance qualifiée de vice monstrueux
Mouvement 2 — Une passivité inqualifiable : ce n'est pas de la lâcheté ordinaire (gradation numérique)
Mouvement 3 — Un vice qui défie la raison et le langage : ce mal reste innommable
Procédés littéraires clés
Questions rhétoriques« Comment appellerons-nous ce vice ? » / « N'est-ce pas honteux ? »Questions sans réponse attendue — interpellent le lecteur et l'impliquent dans l'indignation collective de l'auteur
Gradation des démonstratifs« cela… ce vice… cet horrible vice »Escalade progressive de l'intensité émotionnelle dès les premières phrases — structure l'exorde rhétorique (entrée en matière)
Anaphore négative« non seulement obéir mais ramper, non pas être gouvernés mais tyrannisés »La répétition de « non » structure l'aggravation — chaque étape est pire que la précédente, la servitude se creuse
Gradation« obéir / ramper / tyrannisés »La condition des asservis s'aggrave sans cesse — les mots eux-mêmes descendent vers l'avilissement le plus total
Hypotypose« Souffrir les rapines, les brigandages, les cruautés »Description saisissante qui donne à voir la réalité de la servitude — le lecteur est témoin direct, impliqué moralement
Antithèse« un nombre infini d'hommes » / « d'un seul »Le contraste extrême entre la masse et le tyran solitaire rend l'obéissance absurde et incompréhensible
Superlatifs du tyran« le plus lâche, le plus vil et le plus efféminé de la nation »La caricature ridicule du tyran (rythme ternaire) renforce l'incompréhension : pourquoi se soumettre à un être si méprisable ?
Apostrophe« Mais ô grand Dieu ! »L'orateur prend Dieu à témoin — procédé d'amplification qui dramatise l'entrée en matière et donne au texte une dimension sacrée
Registre polémiqueAccumulations, exclamations, futur « appellerons-nous »Discours de combat hérité de la rhétorique antique — destiné à convaincre et à susciter l'indignation du lecteur
Question de grammaire possible
Propositions interrogatives directes — ex : « Comment appellerons-nous ce vice ? », « N'est-ce pas honteux ? », « Nommerons-nous cela lâcheté ? » — identifier le type (totale/partielle), le mode (indicatif futur : valeur de délibération), et la fonction rhétorique (question sans réponse attendue = interpellation du lecteur).
▶ Playlist Mediaclasse — La Boétie
6
La Boétie — « Le pouvoir de l'habitude »
Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire
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Mvt 1 — L'humain entre nature et habitude : métaphore filée des végétaux

Nul doute que ce ne soit la nature qui nous dirige d'abord suivant les penchants bons ou mauvais qu'elle nous a donnés ; mais aussi faut-il convenir qu'elle a encore moins de pouvoir sur nous que l'habitude ; car, si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu ; et la nourriture nous façonne toujours à sa façon, de quelque manière que ce soit, malgré la nature. Les semences de bien que la nature met en nous sont si frêles et si minces qu'elles ne peuvent résister au moindre heurt d'une nourriture qui les contrarie. Elles ne se conservent pas si facilement qu'elles s'abâtardissent, dégénèrent même et disparaissent, comme il arrive à ces arbres fruitiers qui, ayant tous leur espèce propre, la conservent tant qu'on les laisse venir naturellement, mais la perdent, pour porter des fruits tout à fait différents des leurs, dès qu'on les a greffés. Les herbes ont aussi chacune leur propriété, leur naturel, leur singularité : mais toutefois, le gel, le temps, le terroir ou la main du jardinier, améliorent ou détériorent sensiblement leur qualité ; la plante qu'on a vue dans un pays n'est souvent plus reconnaissable dans un autre.

Mvt 2 — La parabole de Lycurgue : deux chiens, deux destins

On raconte que Lycurgue, législateur de Sparte, avait nourri deux chiens, tous deux frères, tous deux allaités du même lait, l'un engraissé à la cuisine et l'autre habitué à courir les champs, au son de la trompe et du huchet. Voulant montrer aux Lacédémoniens que les hommes sont tels que la nourriture les fait, il exposa les deux chiens sur la place publique et mit entre eux une soupe et un lièvre : l'un courut au plat et l'autre au lièvre et pourtant, dit-il, ils sont frères ! Donc ce législateur avec ses lois et sa police éduqua si bien les Lacédémoniens que chacun d'eux eut préféré mourir de mille morts, plutôt que de reconnaître autre seigneur que la loi et la raison.

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, v. 1548.

Étienne de La Boétie

Discours de la servitude volontaire (v. 1549)

XVIe siècle

Humanisme / Renaissance

Suite du Discours de la servitude volontaire. La Boétie postule que l'homme est libre par nature, mais que l'habitude et l'éducation peuvent corrompre cette liberté innée. Il illustre son argumentation par trois exemples progressifs : la métaphore végétale (arbres greffés), la comparaison Venise / sujets du sultan, et la parabole des deux chiens de Lycurgue.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment La Boétie mobilise-t-il ces exemples variés pour défendre la liberté naturelle des hommes comme une valeur humaniste qu'il faut protéger par des lois ?
Mouvement 1 — L'humain entre nature et habitude : métaphore filée des plantes et arbres greffés
Mouvement 2 — Deux peuples, deux libertés : Venise (libres) vs sujets du Grand Seigneur (servitude)
Mouvement 3 — La parabole de Lycurgue : deux chiens frères, élevés différemment → deux destins
Procédés littéraires clés
Litote« Nul doute que ce ne soit la nature qui nous dirige »Double négation qui renforce l'affirmation en atténuant — souligne une évidence pour mieux annoncer le renversement : l'habitude est encore plus forte
Personnification« la nature qui nous dirige » / « la nourriture nous façonne »Nature et habitude sont personnifiées en deux forces antagonistes — l'homme est le jouet de ces puissances qui se disputent son âme
Présent de vérité générale« si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu »Actions vraies en tout temps — confère une dimension universelle et intemporelle à l'argumentation humaniste
Métaphore filée des végétaux« ces arbres fruitiers qui… la perdent dès qu'on les a greffés » / « les herbes ont aussi chacune leur naturel »La nature humaine comparée aux plantes : comme elles, elle peut être corrompue ou transformée par l'éducation et le contexte
Raisonnement par analogieVégétaux → Vénitiens/Ottoman → deux chiens de LycurgueTrois exemples progressifs, chaque fois plus frappant — stratégie rhétorique de l'accumulation persuasive
Comparaison des deux peuplesVénitiens « nés libres » / sujets du Grand Seigneur « nés pour servir »Le contraste entre deux sociétés contemporaines prouve que la servitude n'est pas naturelle mais le fruit d'une éducation différente
Parabole de Lycurgue« deux chiens, tous deux frères… l'un courut au plat et l'autre au lièvre »L'anecdote de Sparte condense en une image simple toute la thèse : ce sont les lois et l'éducation qui forment les hommes
Connecteurs logiques« car / mais / nul doute / dès que / tant que »Argumentation rigoureusement construite — la logique sert à convaincre durablement, pas seulement à émouvoir
Question de grammaire possible
Propositions subordonnées circonstancielles de condition — ex : « si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu » — mode subjonctif après « si bon que » (concession) et indicatif dans la conditionnelle réelle. Identifier les conjonctions de subordination et les modes utilisés.
▶ Playlist Mediaclasse — La Boétie
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Manon Lescaut — « La rencontre amoureuse »
Abbé Prévost · Manon Lescaut
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Mvt 1 — Le concours de circonstances : hasard ou fatalité ?

J'avais marqué le temps de mon départ d'Amiens. Hélas ! que ne le marquais-je un jour plus tôt ! j'aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui s'appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d'Arras, et nous le suivîmes jusqu'à l'hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n'avions pas d'autre motif que la curiosité. Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent aussitôt. Mais il en resta une, fort jeune, qui s'arrêta seule dans la cour, pendant qu'un homme d'un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s'empressait pour faire tirer son équipage des paniers.

Mvt 2 — Le coup de foudre : focalisation interne, antithèse sagesse/passion

Elle me parut si charmante que moi, qui n'avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d'attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai enflammé tout d'un coup jusqu'au transport. J'avais le défaut d'être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais loin d'être arrêté alors par cette faiblesse, je m'avançai vers la maîtresse de mon cœur. Quoiqu'elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée. Je lui demandai ce qui l'amenait à Amiens et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me répondit ingénument qu'elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse.

Mvt 3 — L'échange : Manon expérimentée, Des Grieux naïf

L'amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu'il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d'une manière qui lui fit comprendre mes sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi. C'était malgré elle qu'on l'envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant au plaisir, qui s'était déjà déclaré et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens.

Abbé Prévost, Manon Lescaut, 1731 (première partie, pp. 32-33, éd. Hatier).

Abbé Prévost

Manon Lescaut (1731)

XVIIIe siècle

Roman sentimental / Préromantisme

Roman enchâssé : Des Grieux raconte au Marquis de Renoncour sa propre histoire. Ce passage se situe au début du récit — Des Grieux a 17 ans, il termine ses études de philosophie à Amiens et s'apprête à rentrer chez son père. La veille de son départ, il aperçoit Manon qui descend d'une diligence. En un instant il est « enflammé tout d'un coup jusqu'au transport » — un des coups de foudre les plus célèbres du roman français.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment coexistent les deux points de vue : celui du Des Grieux personnage de 17 ans et celui du narrateur de 22 ans qui raconte après coup ?
Mouvement 1 — Le concours de circonstances : hasard ou fatalité ? (triple coïncidence)
Mouvement 2 — Le coup de foudre raconté : focalisation interne, antithèse sagesse/passion
Mouvement 3 — L'échange peu conventionnel : Manon expérimentée, Des Grieux naïf
Procédés littéraires clés
Focalisation interne« moi, qui n'avais jamais pensé à la différence des sexes »Toute la scène est filtrée par le regard de Des Grieux — le lecteur partage sa surprise et son éblouissement
Interjection + conditionnel passé« Hélas ! que ne le marquais-je un jour plus tôt ! j'aurais porté chez mon père toute mon innocence »Le narrateur adulte interrompt le récit pour exprimer un regret amer — décalage temporel entre personnage naïf et narrateur qui sait déjà la fin
Proposition participiale« étant à me promener avec mon ami »Valeur temporelle (quand je me promenais) ET causale (parce que je me promenais) — hasard et destin se confondent dans cette coïncidence
Plus-que-parfait« J'avais marqué le temps de mon départ »Marque l'antériorité : la décision existait avant, le hasard fait dérailler le plan prévu — sentiment de fatalité dès la première ligne
Prolepse« qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens »Anticipation sur l'avenir : le narrateur sait déjà la fin tragique — installe un sentiment de fatalité dès la première rencontre
Antithèse sagesse / passion« moi, dont tout le monde admirait la sagesse… je me trouvai enflammé tout d'un coup »Contraste brutal entre la réputation de Des Grieux et la violence du coup de foudre — l'amour renverse toute raison et toute identité
Hyperbole« enflammé tout d'un coup jusqu'au transport »Le feu intérieur soudain et total — intensité extrême qui marque l'irréversibilité du coup de foudre et la perte de soi
Question de grammaire possible
La proposition participiale — ex : « étant à me promener avec mon ami » — a une valeur à la fois temporelle (= comme je me promenais) et causale. Elle peut être transformée en subordonnée circonstancielle de temps introduite par « comme » ou « lorsque ». Identifier sa fonction et sa valeur dans le passage.
▶ Explication linéaire — Manon Lescaut, la rencontre
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Manon Lescaut — « La mort de Manon »
Abbé Prévost · Manon Lescaut
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Mvt 1 — La mort sublimée : style laconique, euphémisme

N'exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d'elle des marques d'amour au moment même qu'elle expirait. C'est tout ce que j'ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable évènement.

Mvt 2 — La solitude de Des Grieux : châtiment divin, renoncement

Mon âme ne suivit pas la sienne. Le Ciel ne me trouva point, sans doute, assez rigoureusement puni. Il a voulu que j'aie trainé, depuis, une vie languissante et misérable. Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse. Je demeurai plus de vingt-quatre heures la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma chère Manon. Mon dessein était d'y mourir mais je fis réflexion, au commencement du second jour, que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes sauvages. Je formai la résolution de l'enterrer, et d'attendre la mort sur sa fosse.

J'étais déjà si proche de ma fin, par l'affaiblissement que le jeûne et la douleur m'avaient causé, que j'eus besoin de quantité d'efforts pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir aux liqueurs que j'avais apportées. Il ne m'était pas difficile d'ouvrir la terre, dans le lieu où je me trouvais. C'était une campagne couverte de sable. Je rompis mon épée, pour m'en servir à creuser, mais j'en tirai moins de secours que de mes mains.

Mvt 3 — L'union par-delà la mort : enterrement sensuel, attente de la mort

J'ouvris une large fosse. J'y plaçai l'idole de mon cœur, après avoir pris soin de l'envelopper de tous mes habits pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu'après l'avoir embrassée mille fois, avec toute l'ardeur du plus parfait amour. Je m'assis encore près d'elle. Je la considérai longtemps. Je ne pouvais me résoudre à fermer sa fosse. Enfin mes forces recommençant à s'affaiblir, et craignant d'en manquer tout-à-fait avant la fin de mon entreprise, j'ensevelis pour toujours dans le sein de la terre ce qu'elle avait porté de plus parfait et de plus aimable. Je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers le sable, et fermant les yeux avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j'invoquai le secours du Ciel, et j'attendis la mort avec impatience.

Abbé Prévost, Manon Lescaut, 1731 (p. 180, éd. Folio+ Lycée).

Abbé Prévost

Manon Lescaut (1731)

XVIIIe siècle

Roman sentimental / Préromantisme

Fin du roman, deuxième partie. Après de nombreuses péripéties, Manon et Des Grieux ont fui en Louisiane. Ils fuient dans le désert la nuit après un duel. Manon, épuisée, meurt dans les bras de Des Grieux. Ce passage est le récit rétrospectif et sobre de la cérémonie mortuaire : Des Grieux reste prostré sur le corps, puis enterre Manon de ses mains et attend la mort sur sa tombe.

Axes de lecture (cours)
Problématique 1 : Comment la façon dont Des Grieux raconte ce moment douloureux rend-il ce texte encore plus émouvant ?
Problématique 2 : En quoi ce récit de la mort donne-t-il une image idéalisée et sublimée de Manon ?
Mouvement 1 (l.1-3) — La mort sublimée : style laconique, impératif négatif, euphémisme
Mouvement 2 (l.4-6) — La solitude de Des Grieux : châtiment divin, renoncement au bonheur
Mouvement 3 (l.7-fin) — L'union par-delà la mort : enterrement sensuel, attente de la mort
Procédés littéraires clés
Ellipse / prétérition« N'exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions »Il dit qu'il ne parlera pas… puis en parle aussitôt — paradoxe rhétorique : la douleur est indicible mais irrépressible
Impératif négatif« N'exigez point… ni que je vous rapporte »Des Grieux impose le silence sur sa douleur — cette pudeur extrême amplifie paradoxalement l'émotion du lecteur
Euphémisme« Je la perdis »Trois mots pour dire la mort de l'être aimé — la concision laconique est plus violente et déchirante que tout développement
Propositions brèves juxtaposées« Je la perdis ; je reçus d'elle des marques d'amour… C'est tout ce que j'ai la force de vous apprendre »Phrases courtes enchaînées sans connecteurs — souffle coupé du narrateur à bout, incapable de développer sa douleur
Registre tragique« ce fatal et déplorable évènement »Le lexique du destin (fatal) et du malheur (déplorable) confère à la mort de Manon une dimension de fatalité tragique irréversible
Lexique religieux« Mon âme ne suivit pas la sienne. Le Ciel ne me trouva point assez rigoureusement puni »Des Grieux interprète sa survie comme un châtiment divin — la mort de Manon s'inscrit dans un ordre métaphysique
Parallélisme« Mon âme ne suivit pas la sienne »La construction symétrique associe les deux amants une dernière fois — puis la négation acte leur séparation définitive
Hyperbole« Je demeurai plus de vingt-quatre heures la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma chère Manon »L'excès de la douleur dépasse le réel — la passion funèbre se traduit par une dernière étreinte sensuelle et désespérée
Question de grammaire possible
La prétérition — figure par laquelle on dit qu'on ne va pas parler de quelque chose tout en le disant quand même : « N'exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments… » puis Des Grieux les décrit aussitôt. Identifier les marques grammaticales : négation + impératif, puis le paradoxe rhétorique. Ou : analyser les valeurs du passé simple ponctuel vs imparfait duratif dans le récit de l'enterrement.
▶ Explication linéaire — La mort de Manon
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On ne badine pas avec l'amour — « Nous nous aimons ! »
Alfred de Musset · On ne badine pas avec l'amour
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Mvt 1 — Le monologue de Perdican : aveu lyrique et rétrospectif

PERDICAN — Insensés que nous sommes ! nous nous aimons. Quel songe avons-nous fait, Camille ? Quelles vaines paroles, quelles misérables folies ont passé comme un vent funeste entre nous deux ? Lequel de nous a voulu tromper l'autre ? Hélas ! cette vie est elle-même un si pénible rêve : pourquoi encore y mêler les nôtres ? ô mon Dieu ! le bonheur est une perle si rare dans cet océan d'ici-bas ! Tu nous l'avais donné, pêcheur céleste, tu l'avais tiré pour nous des profondeurs de l'abîme, cet inestimable joyau ; et nous, comme des enfants gâtés que nous sommes, nous en avons fait un jouet. Le vert sentier qui nous amenait l'un vers l'autre avait une pente si douce, il était entouré de buissons si fleuris, il se perdait dans un si tranquille horizon ! Il a bien fallu que la vanité, le bavardage et la colère vinssent jeter leurs rochers informes sur cette route céleste, qui nous aurait conduits à toi dans un baiser ! Il a bien fallu que nous nous fissions du mal, car nous sommes des hommes. Ô insensés ! nous nous aimons.

Mvt 2 — La réunion des amants : aveu réciproque

Il la prend dans ses bras.

CAMILLE — Oui, nous nous aimons, Perdican ; laisse-moi le sentir sur ton cœur. Ce Dieu qui nous regarde ne s'en offensera pas ; il veut bien que je t'aime ; il y a quinze ans qu'il le sait.

PERDICAN — Chère créature, tu es à moi !

Mvt 3 — La catastrophe : ironie dramatique et chute tragique

Il l'embrasse ; on entend un grand cri derrière l'autel.

CAMILLE — C'est la voix de ma sœur de lait. — La pauvre enfant nous a sans doute épiés ; elle s'est encore évanouie ; viens, portons-lui secours ; hélas tout cela est cruel.

PERDICAN — Non, en vérité, je n'entrerai pas ; je sens un froid mortel qui me paralyse. Vas-y, Camille, et tâche de la ramener. (Camille sort.) Je vous en supplie, mon Dieu ! ne faites pas de moi un meurtrier ! [...] Eh bien ! Camille, qu'y a-t-il ?

(Camille rentre.)

CAMILLE — Elle est morte. Adieu, Perdican !

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Acte III, scène 8, 1834.

Alfred de Musset

On ne badine pas avec l'amour (1834)

XIXe siècle

Romantisme

Acte III, scène 8. Perdican avoue enfin à Camille leur amour mutuel dans un monologue lyrique. Mais trop tard : Rosette (qui les écoutait cachée) s'effondre et meurt de désespoir. L'aveu d'amour et la catastrophe surviennent simultanément — dénouement tragique d'une pièce comique.

Axes de lecture
Axe 1 — La confession lyrique de l'amour impossible : beauté et tragédie mêlées
Axe 2 — Le paradoxe du bonheur perdu : l'aveu qui arrive trop tard
Axe 3 — La critique du jeu cruel avec les sentiments : les « badins » punis
Procédés littéraires clés
Registre lyrique et tragique« Insensés que nous sommes ! nous nous aimons. »L'exclamation ouvre sur un monologue passionné qui mêle l'ivresse de l'aveu et la préméditation d'un dénouement tragique
Métaphore filée« le bonheur est une perle si rare dans cet océan d'ici-bas » / « le vert sentier qui nous amenait l'un vers l'autre »La perle et le sentier figurent le bonheur fragile et inaccessible — images romantiques de la beauté menacée
Apostrophe à Dieu« ô mon Dieu ! » / « Tu nous l'avais donné, pêcheur céleste »Perdican invoque Dieu comme témoin et responsable du bonheur perdu — registre religieux qui élève la scène au-delà du simple amour
Répétition anaphorique« nous nous aimons » (début et fin du monologue)L'aveu encadre tout le discours — répété, il s'impose comme une évidence irréfutable après tant de résistances
Exclamations et questions rhétoriques« Quel songe avons-nous fait, Camille ? Quelles vaines paroles… ? »Perdican interroge leur passé d'incompréhension — les questions traduisent la stupeur de l'amour enfin avoué
Ironie dramatiqueLe cri de Rosette derrière l'autel : « on entend un grand cri »Le spectateur sait que Rosette écoutait — au moment de l'aveu d'amour, la catastrophe survient : dénouement tragique d'une pièce comique
Question de grammaire possible
Analyse des propositions subordonnées relatives et circonstancielles (« qui nous amenait l'un vers l'autre », « qui nous aurait conduits à toi »). Identification du mode conditionnel passé et de sa valeur hypothétique.
▶ Explication linéaire — On ne badine, acte III sc.3
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L'Éducation sentimentale — « La rencontre amoureuse »
Gustave Flaubert · L'Éducation sentimentale
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Mvt 1 — Rencontre et portrait : topos du coup de foudre (l.1-9)

Ce fut comme une apparition :

Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.

Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.

Mvt 2 — La cristallisation : Frédéric idéalise, discours indirect libre (l.10-25)

Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manœuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière.

Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites.

Mvt 3 — Le franchissement déçu : contact bref, chute ironique (l.26-fin)

Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans ! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :

— Je vous remercie, monsieur.

Leurs yeux se rencontrèrent.

— Ma femme, es-tu prête ? cria le sieur Arnoux, apparaissant dans le capot de l'escalier.

Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale, chapitre I, première partie, 1869.

Gustave Flaubert

L'Éducation sentimentale (1869)

XIXe siècle

Réalisme

Début du roman (1869). Le 15 septembre 1840, Frédéric Moreau, 18 ans, prend un bateau sur la Seine vers Nogent. C'est l'élément déclencheur de toute l'œuvre : il aperçoit Mme Arnoux et a un coup de foudre immédiat. Flaubert s'était lui-même épris d'Élisa Schlésinger en 1836 — cette scène est partiellement autobiographique. Mme Arnoux est mariée : l'amour sera impossible tout au long du roman.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Dans quelle mesure cette rencontre amoureuse, bien que classique (topos), est-elle magnifiée par le regard du héros ?
Mouvement 1 (l.1-9) — Rencontre amoureuse et portrait de Mme Arnoux : topos du coup de foudre, comparaison « apparition »
Mouvement 2 (l.10-25) — La cristallisation (Stendhal) : Frédéric idéalise chaque détail, discours indirect libre
Mouvement 3 (l.26-fin) — Le franchissement déçu : le châle, contact bref, puis la chute (Mme Arnoux est mariée)
Procédés littéraires clés
Passé simple« Ce fut comme une apparition »Soudaineté du coup de foudre — le passé simple marque une action ponctuelle et irréversible, le coup de foudre comme un événement sans retour
Comparaison « apparition »« Ce fut comme une apparition »Le terme évoque à la fois le fantôme et la divinité — Mme Arnoux surgit comme une vision surnaturelle, idéalisée dès la première seconde
Imparfait de second plan« Elle était assise » / « Elle avait un large chapeau de paille »L'imparfait ralentit le temps, étend la description — Frédéric contemple Mme Arnoux comme une peinture, le temps suspendu
Focalisation interne« ou du moins il ne distinguait personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux »Le monde entier disparaît sauf Mme Arnoux — le modalisateur « ou du moins » révèle la subjectivité totale du regard
Discours indirect libre« Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? »Les pensées de Frédéric sont rapportées sans verbe introducteur — Flaubert donne accès direct à la conscience du personnage
Gradation« son nom, sa demeure, sa vie, son passé » / « toutes les robes… les gens qu'elle fréquentait »Escalade du désir de connaissance — la cristallisation envahit tout, jusqu'aux détails les plus intimes de l'être aimé
Négation restrictive« Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune »Le « jamais » absolu signifie que Mme Arnoux dépasse toutes les femmes vues avant — superlative implicite, cristallisation stendhalienne
Chute ironique« Ma femme, es-tu prête ? cria le sieur Arnoux »Retour brutal à la réalité — Mme Arnoux est mariée, l'amour est impossible dès sa naissance même
Question de grammaire possible
Alternance imparfait (second plan/descriptif) et passé simple (premier plan/actions ponctuelles) — ex : « Elle était assise » (IMP descriptif) vs « elle leva la tête ; il fléchit » (PS actions soudaines). Expliquer la valeur aspectuelle de chaque temps et l'effet produit sur le rythme narratif.
▶ Analyse — L'Éducation sentimentale, Flaubert
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Ruy Blas — Acte III, scène 4
Victor Hugo · Ruy Blas
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Mvt 1 — L'ivresse de l'amour : ouverture lyrique
RUY BLAS, seul. Devant mes yeux c'est le ciel que je voi ! De ma vie, ô mon Dieu ! Cette heure est la première. Devant moi tout un monde, un monde de lumière, Comme ces paradis qu'en songe nous voyons, S'entrouvre en m'inondant de vie et de rayons ! Partout en moi, hors moi, joie, extase et mystère, Et l'ivresse, et l'orgueil, et ce qui sur la terre Se rapproche le plus de la divinité, L'amour dans la puissance et dans la majesté !
Mvt 2 — L'élévation paradoxale : le valet au-dessus du roi
La reine m'aime ! Ô Dieu ! C'est bien vrai, c'est moi-même. Je suis plus que le roi puisque la reine m'aime ! Oh ! Cela m'éblouit. Heureux, aimé, vainqueur ! Duc d'Olmedo, l'Espagne à mes pieds, j'ai son cœur ! Cet ange qu'à genoux je contemple et je nomme, D'un mot me transfigure et me fait plus qu'un homme. Donc je marche vivant dans mon rêve étoilé ! Oh ! oui, j'en suis bien sûr, elle m'a bien parlé. C'est bien elle. Elle avait un petit diadème En dentelle d'argent. Et je regardais même Pendant qu'elle parlait, je crois la voir encor, Un aigle ciselé sur son bracelet d'or.
Mvt 3 — Le serment d'amour : anaphore « Moi », gradation ascendante
Elle se fie à moi, m'a-t-elle dit. Pauvre ange ! Oh ! S'il est vrai que Dieu, par un prodige étrange, En nous donnant l'amour, voulut mêler en nous Ce qui fait l'homme grand à ce qui le fait doux, Moi, qui ne crains plus rien maintenant qu'elle m'aime, Moi qui suis tout-puissant, grâce à son choix suprême, Moi, dont le cœur gonflé ferait envie aux rois, Devant Dieu qui m'entend, sans peur, à haute voix, Je le dis, vous pouvez vous confier, madame, À mon bras comme reine, à mon cœur comme femme ! Victor Hugo, Ruy Blas, Acte III, scène 4, 1838.

Victor Hugo

Ruy Blas (1838)

XIXe siècle

Romantisme

Acte III, scène 4. Ruy Blas, valet déguisé en grand d'Espagne par Don Salluste, vient d'apprendre que la Reine l'aime. Dans ce monologue, il exprime une ivresse vertigineuse : l'amour de la reine le hausse au-dessus de sa condition misérable — mais cet amour est interdit et fondé sur un mensonge.

Axes de lecture
Axe 1 — Le vertige du héros romantique : l'élévation sociale par l'amour
Axe 2 — Le drame du masque : identité usurpée vs amour sincère
Axe 3 — La poétique hugolienne du sublime : l'exaltation lyrique comme moteur dramatique
Procédés littéraires clés
Monologue lyrique« Devant mes yeux c'est le ciel que je voi ! / De ma vie, ô mon Dieu ! Cette heure est la première. »Ruy Blas seul sur scène exprime son ivresse — le monologue permet l'expression la plus intime des émotions romantiques
Apostrophes et exclamations« ô mon Dieu ! » / « La reine m'aime ! Ô Dieu ! » / « Oh ! Cela m'éblouit. »L'enthousiasme débordant du héros romantique s'exprime par l'interpellation et l'exclamation — lyrisme hugolien à son paroxysme
Alexandrins« La reine m'aime ! Ô Dieu ! C'est bien vrai, c'est moi-même. »Le vers classique à 12 syllabes sert l'élévation du propos — Hugo unit la forme classique au fond romantique
Antithèse« Je suis plus que le roi puisque la reine m'aime ! »Ruy Blas (valet) se place au-dessus du roi grâce à l'amour — l'amour transgresse toutes les hiérarchies sociales
Champ lexical de la lumière et du divin« monde de lumière » / « vie et de rayons » / « joie, extase » / « divinité »L'amour de la reine est vécu comme une expérience mystique et lumineuse — le sacré envahit le politique
Gradation ascendante« Heureux, aimé, vainqueur ! / Duc d'Olmedo, l'Espagne à mes pieds, j'ai son cœur ! »Montée en puissance des conquêtes — de la félicité personnelle au triomphe politique, l'amour élève Ruy Blas au plus haut
Question de grammaire possible
Analyse de la proposition subordonnée causale introduite par « puisque » (« Je suis plus que le roi puisque la reine m'aime ! »). Valeur causale, mode indicatif, effet rhétorique de l'évidence.
▶ Analyse Mediaclasse — Ruy Blas
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On ne badine pas avec l'amour — « L'union de ces deux êtres imparfaits »
Alfred de Musset · On ne badine pas avec l'amour
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Mvt 1 — Le réquisitoire : liste noire de l'humanité

PERDICAN — Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ;

Mvt 2 — Le retournement : l'union sainte malgré tout

mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est au bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé.

Mvt 3 — L'affirmation de soi : l'amour comme preuve d'existence

C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. Dieu n'a pas fait une seule créature inutile ; il n'a pas permis que les hommes se contemplassent dans l'eau comme Narcisse sans se noyer.

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Acte II, scène 5, 1834.

Alfred de Musset

On ne badine pas avec l'amour (1834)

XIXe siècle

Romantisme

Acte II, scène 5. Perdican cherche à consoler Rosette après le refus de Camille. Il prononce ce monologue philosophique : après un tableau noir de l'humanité, il affirme que l'amour — même imparfait — est la seule chose sublime au monde et la preuve que l'on a vraiment vécu.

Axes de lecture
Axe 1 — Un éloge paradoxal de l'amour : la grandeur surgit du fond de la misère humaine
Axe 2 — La rhétorique du retournement : du réquisitoire à l'apologie
Axe 3 — L'amour comme affirmation du moi et preuve d'existence authentique
Procédés littéraires clés
Accumulation / énumération« menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches »La longue liste d'adjectifs péjoratifs accable l'humanité entière — l'excès même du réquisitoire prépare le retournement final
Métaphore dévalorisante« le monde n'est qu'un égout sans fond »Image forte qui traduit la vision pessimiste romantique du monde — mais c'est le point de départ du renversement
Retournement / concession rhétorique« mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits »Le « mais » pivot opère un retournement total : la beauté de l'amour naît de l'imperfection même qui était dénoncée
Anaphore et gradation« souvent trompé… souvent blessé… souvent malheureux ; mais on aime »La répétition de « souvent » accumule les souffrances pour mieux valoriser le « mais on aime » qui les transcende toutes
Affirmation du moi lyrique« C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui »L'amour est présenté comme le seul moyen d'être authentiquement soi — contre l'orgueil et l'ennui qui sont des masques
Allusion mythologique« se contemplassent dans l'eau comme Narcisse sans se noyer »Narcisse, symbole de l'amour de soi destructeur, s'oppose à l'amour de l'autre — Musset condamne l'égoïsme romantique
Question de grammaire possible
Analyse du subjonctif imparfait (« se contemplassent ») : formation, valeur dans la subordonnée de but. Identifier la proposition principale et la valeur hypothétique du mode.
▶ Explication linéaire — On ne badine, acte II sc.5
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Au Cabaret vert
Arthur Rimbaud · Poésies (octobre 1870)
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Mvt 1 — L'arrivée au cabaret : récit réaliste d'une pause (v.1–7)
Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi. — Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines De beurre et du jambon qui fût à moitié froid. Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table Verte : je contemplai les sujets très naïfs De la tapisserie.
Mvt 2 — L'apparition de la serveuse : cœur du poème (v.7–10)
— Et ce fut adorable, Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs, — Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! — Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
Mvt 3 — Le débordement de bonheur : pointe du sonnet (v.11–14)
Du jambon tiède, dans un plat colorié, Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse D'ail, – et m'emplit la chope immense, avec sa mousse Que dorait un rayon de soleil arriéré. Arthur Rimbaud, « Au Cabaret-Vert », Poésies, octobre 1870.

Arthur Rimbaud

Poésies (1870)

XIXe siècle

Réalisme poétique / pré-symbolisme

Octobre 1870 — Rimbaud a 16 ans et fugue à pied vers la Belgique. Ce sonnet raconte une pause au Cabaret-Vert de Charleroi : une demande de tartines, une serveuse, un verre de bière dorée par le soleil. Sous la simplicité du récit se cache une philosophie épicurienne : les sensations ordinaires deviennent de véritables illuminations. Rimbaud revendique ainsi un genre poétique « peu élevé », anti-parnassien, qui ouvre la voie aux Illuminations.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment ce récit poétique d'une errance bienheureuse permet à Rimbaud de revendiquer des sensations simples qui cachent une véritable philosophie de vie ?
Mouvement 1 (v.1–7) — L'arrivée au cabaret : récit réaliste et réconfort du voyageur (passé simple / enjambement / allitération en CH)
Mouvement 2 (v.7–10) — L'apparition de la serveuse : cœur du poème, moment d'épiphanie (cataphore « ce fut adorable », épithètes homériques)
Mouvement 3 (v.11–14) — Le débordement de bonheur : anaphore « Du jambon », dimensions symboliques (doré, soleil, mousse qui déborde)
Procédés littéraires clés
HypotyposeAccumulation de détails réalistes : « cailloux des chemins », « Charleroi », « tartines de beurre »Description saisissante et animée qui plonge le lecteur dans la scène — Rimbaud revendique un réalisme poétique anti-sublime
Cataphore« Et ce fut adorable, / Quand la fille… »Le pronom anticipe ce qui suit : le lecteur attend, comme le poète — la serveuse est le cœur du poème, tout y converge
Épithètes homériques« la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs »Procédé de l'épopée (Homère) utilisé pour une scène triviale — décalage burlesque qui sacralise le quotidien
Enjambement« je contemplai les sujets très naïfs / De la tapisserie »La phrase déborde sur le vers suivant, illustrant le regard qui erre et le repos du voyageur — forme qui dit le fond
Anaphore« Du jambon tiède… / Du jambon rose et blanc… »La répétition fait « déborder » le poème au-delà du sonnet classique — le bonheur est si grand qu'il ne tient plus dans la forme
Allitération« déchiré … chemins … Charleroi » (CH)Les sons durs imitent la pénibilité du chemin — contraste sonore avec les sons doux du repos qui suit
Subjonctif« du jambon qui fût à moitié froid »Mode du souhait non encore réalisé — la demande est simple, désinvolte, pas encore satisfaite (suspense minimal)
Question de grammaire possible
Subjonctif imparfait dans la subordonnée relative : « du jambon qui fût à moitié froid » — identifier le mode (subjonctif imparfait de « être »), la valeur (souhait/demande non encore réalisée), et la proposition subordonnée relative (antécédent : « jambon », fonction : épithète). À distinguer de l'indicatif qui poserait un fait accompli.
▶ Analyse linéaire — Mediaclasse
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Manon Lescaut — « Les retrouvailles au parloir »
Abbé Prévost · Manon Lescaut (1731)
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Mvt 1 — Une scène de confession et de pardon (début → « plus fidèle »)

Nous nous assîmes l'un près de l'autre. Je pris ses mains dans les miennes. Ah ! Manon, lui dis-je en la regardant d'un œil triste, je ne m'étais pas attendu à la noire trahison dont vous avez payé mon amour. Il vous était bien facile de tromper un cœur dont vous étiez la souveraine absolue, et qui mettait toute sa félicité à vous plaire et à vous obéir. Dites-moi maintenant si vous en avez trouvé d'aussi tendres et d'aussi soumis. Non, non, la Nature n'en fait guère de la même trempe que le mien. Dites-moi, du moins, si vous l'avez quelquefois regretté. Quel fond dois-je faire sur ce retour de bonté qui vous ramène aujourd'hui pour le consoler ? Je ne vois que trop que vous êtes plus charmante que jamais ; mais au nom de toutes les peines que j'ai souffertes pour vous, belle Manon, dites-moi si vous serez plus fidèle.

Mvt 2 — La victoire de la passion sur la religion (suite)

Elle me répondit des choses si touchantes sur son repentir, et elle s'engagea à la fidélité par tant de protestations et de serments, qu'elle m'attendrit à un degré inexprimable. Chère Manon ! lui dis-je, avec un mélange profane d'expressions amoureuses et théologiques, tu es trop adorable pour une créature. Je me sens le cœur emporté par une délectation victorieuse. Tout ce qu'on dit de la liberté à Saint-Sulpice est une chimère. Je vais perdre ma fortune et ma réputation pour toi, je le prévois bien ; je lis ma destinée dans tes beaux yeux, mais de quelles pertes ne serai-je pas consolé par ton amour !

Abbé Prévost, Manon Lescaut, Première partie, 1731.

Abbé Prévost

Manon Lescaut (1731)

XVIIIe siècle

Roman libertin / Lumières

Des Grieux, trahi par Manon qui l'a quitté pour un homme riche, s'est réfugié au séminaire de Saint-Sulpice et s'y est distingué en théologie. Manon le retrouve dans ce lieu sacré. La scène du parloir est transgressive : Manon investit l'espace de la religion pour en devenir la nouvelle idole de Des Grieux. Récit enchâssé : c'est Des Grieux qui raconte ces événements au marquis de Renoncour — le lecteur perçoit un point de vue passionnel, pas objectif.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment le langage de la religion entre-t-il en résonance avec le langage de l'amour dès lors que Des Grieux renonce à son engagement spirituel pour Manon, devenue sa nouvelle idole ?
Mouvement 1 — Une scène romanesque poignante : la confession et le pardon (questions rhétoriques, champ lexical religieux/amoureux, gradation des apostrophes)
Mouvement 2 — La lutte entre passion et religion : victoire de Manon (mélange profane/sacré, discours indirect, métaphores religieuses détournées)
Procédés littéraires clés
Questions rhétoriques« Dites-moi maintenant si vous en avez trouvé d'aussi tendres… » (×3)Questions sans réponse attendue — Des Grieux sait d'avance qu'il pardonnera, ses « reproches » sont des déclarations d'amour
Gradation des apostrophes« Ah ! Manon » → « belle Manon » → « Chère Manon »L'escalade affectueuse marque la capitulation progressive de Des Grieux — Manon reprend sa souveraineté sur lui
Métaphore religieuse détournée« souveraine absolue » / « délectation victorieuse » / « tu es trop adorable pour une créature »Le vocabulaire de la dévotion s'applique à Manon : elle prend la place de Dieu, l'amour devient idolâtrie (sacrilège au XVIIIe s.)
Récit enchâsséProposition incise « lui dis-je » — Des Grieux narrateur rapporte ses propres parolesMise en abyme : le lecteur voit un homme passionné qui se raconte après coup — la subjectivité du point de vue est soulignée
Épithète négative (pléonasme)« la noire trahison »L'adjectif souligne la noirceur morale de l'acte — trahison est déjà négatif, « noire » renforce l'intensité dramatique
Discours indirect / ellipse« Elle me répondit des choses si touchantes sur son repentir »Les paroles de Manon restent mystérieuses — le lecteur ne sait pas ce qu'elle dit, seulement l'effet qu'elle produit sur Des Grieux
Question de grammaire possible
Propositions interrogatives indirectes : « Dites-moi si vous serez plus fidèle » → prop. principale « Dites-moi » + prop. subordonnée interrogative indirecte (intr. par « si », COD du verbe). À distinguer de l'interrogative directe (« Serez-vous plus fidèle ? »). Analyser aussi : « Quel fond dois-je faire… » (interrogative directe partielle, inversion sujet-verbe).
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La Boétie — « Soyez résolus de ne plus servir »
Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire
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Mvt 1 — Apostrophe aux peuples soumis (début → « chaque instant la mort »)

Pauvres gens et misérables, peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien, vous vous laissez enlever, sous vos propres yeux, le plus beau et le plus clair de votre revenu, piller vos champs, dévaster vos maisons et les dépouiller des vieux meubles de vos ancêtres ! vous vivez de telle sorte que rien n'est plus à vous. Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tout ce dégât, ces malheurs, cette ruine enfin, vous viennent, non pas des ennemis, mais bien certes de l'ennemi et de celui-là même que vous avez fait ce qu'il est, pour qui vous allez si courageusement à la guerre et pour la vanité duquel vos personnes y bravent à chaque instant la mort.

Mvt 2 — Dénoncer l'asservissement volontaire (série de questions rhétoriques)

Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus que vous, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il les innombrables argus qui vous épient, si ce n'est de vos rangs ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne les emprunte de vous ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous que par vous-mêmes ? Comment oserait-il vous courir sus, s'il n'était d'intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire si vous n'étiez receleur du larron qui vous pille, complice du meurtrier qui vous tue, et traîtres de vous-mêmes ?

Mvt 3 — Inciter à refuser la servitude : la conclusion performative

Vous semez vos champs pour qu'il les dévaste ; vous meublez et remplissez vos maisons afin qu'il puisse assouvir sa luxure ; vous nourrissez vos enfants pour qu'il en fasse des soldats, pour qu'il les mène à la boucherie, qu'il les rende ministres de ses convoitises, les exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine afin qu'il puisse se mignarder en ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez afin qu'il soit plus fort, plus dur et qu'il vous tienne la bride plus courte : et de tant d'indignités, que les bêtes elles-mêmes ne sentiraient point ou n'endureraient pas, vous pourriez vous en délivrer sans même tenter de le faire, mais seulement en essayant de le vouloir. Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, v. 1549.

Étienne de La Boétie

Discours de la servitude volontaire (v. 1549)

XVIe siècle

Humanisme / Renaissance

La Boétie écrit ce Discours vers 1549, à 18 ans environ. Il y examine un paradoxe : pourquoi les peuples obéissent-ils à un seul tyran qui n'a que « deux yeux, deux mains, un corps » ? Dans cet extrait, La Boétie s'adresse directement aux peuples asservis (apostrophe), dénonce leur complicité dans leur propre servitude (questions rhétoriques), puis les invite à la libération par la seule volonté : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous serez libres. » Cette formule finale est un performatif : les mots font advenir la liberté.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment cette démonstration produit-elle non seulement une prise de conscience, mais aussi un puissant désir de refuser la servitude ?
Mouvement 1 — S'adresser à tous les peuples soumis : apostrophe, hypotypose, dégât visible et pourtant toléré
Mouvement 2 — Dénoncer l'asservissement volontaire : questions rhétoriques, le tyran réduit à un homme ordinaire, responsabilité du peuple
Mouvement 3 — Inciter à refuser la servitude : parallélisme « vous X pour qu'il Y », gradation, formule performative finale
Procédés littéraires clés
Apostrophe« Pauvres gens et misérables, peuples insensés, nations opiniâtres… »Interpellation directe de tous les peuples asservis — La Boétie les met face à leur propre situation, les implique dès la première phrase
Questions rhétoriques« D'où tire-t-il les innombrables argus… ? Comment a-t-il tant de mains… ? »5 questions dont La Boétie répond lui-même — elles font émerger une vérité : c'est le peuple qui donne sa force au tyran
Parallélisme« Vous semez… pour qu'il dévaste / Vous meublez… afin qu'il assouvisse / Vous nourrissez… pour qu'il en fasse… »La structure répétitive oppose les actions constructives du peuple aux actions destructrices du tyran — rend l'absurdité visible
Gradation« champs… maisons… enfants… vos personnes »Le vol du tyran s'aggrave progressivement jusqu'aux êtres humains eux-mêmes — le comble de l'indignité
Performatif« Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres »L'impératif ne décrit pas la liberté, il la décrète — la parole accomplit l'acte (Austin : « performative utterance »)
Négation restrictive« Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps »Réduit le tyran à son humanité ordinaire — détruit l'aura de puissance surnaturelle qui le rend inattaquable dans l'imaginaire collectif
Question de grammaire possible
Propositions subordonnées de but : « vous semez vos champs pour qu'il les dévaste » — identifier la proposition principale, la subordonnée circonstancielle de but (conjonctions « pour que / afin que » + subjonctif), et la valeur du subjonctif (mode du but, de l'irréel — ce que le tyran ne devrait pas faire). Distinguer des conjonctions de cause (parce que + indicatif).
▶ Playlist Mediaclasse — La Boétie
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On ne badine pas — Scène d'exposition (Maître Blazius)
Alfred de Musset · On ne badine pas avec l'amour, Acte I sc.1 (1834)
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Mvt 1 — Entrée en matière burlesque : la présentation de Maître Blazius

LE CHŒUR — Doucement bercé sur sa mule fringante, Messer Blazius s'avance dans les bluets fleuris, vêtu de neuf, l'écritoire au côté. Comme un poupon sur l'oreiller, il se ballotte sur son ventre rebondi, et les yeux à demi fermés, il marmotte un Pater noster dans son triple menton. Salut, maître Blazius ; vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore antique.

MAÎTRE BLAZIUS — Que ceux qui veulent apprendre une nouvelle d'importance m'apportent ici premièrement un verre de vin frais.

LE CHŒUR — Voilà notre plus grande écuelle ; buvez, maître Blazius ; le vin est bon ; vous parlerez après.

Mvt 2 — Portrait indirect de Perdican entre admiration et satire

MAÎTRE BLAZIUS — Vous saurez, mes enfants, que le jeune Perdican, fils de notre seigneur, vient d'atteindre à sa majorité, et qu'il est reçu docteur à Paris. Il revient aujourd'hui même au château, la bouche toute pleine de façons de parler si belles et si fleuries, qu'on ne sait que lui répondre les trois quarts du temps. Toute sa gracieuse personne est un livre d'or ; il ne voit pas un brin d'herbe à terre qu'il ne vous dise comment cela s'appelle en latin ; et quand il fait du vent ou qu'il pleut, il vous dit tout clairement pourquoi. Vous ouvririez des yeux grands comme la porte que voilà de le voir dérouler un des parchemins qu'il a coloriés d'encres de toutes couleurs de ses propres mains et sans rien en dire à personne. Enfin c'est un diamant fin des pieds à la tête, et voilà ce que je viens annoncer à M. le baron. Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Acte I, scène 1, 1834.

Alfred de Musset

On ne badine pas avec l'amour (1834)

XIXe siècle

Romantisme

Acte I, scène 1 — scène d'exposition. Le rideau s'ouvre sur une place devant un château. Le Chœur, emprunté au théâtre antique, présente Maître Blazius, précepteur de Perdican, qui arrive ivre sur sa mule. Avant même de parler, il exige un verre de vin. Il annonce ensuite le retour de Perdican, « reçu docteur à Paris » — mais son portrait est excessif et ambigu. Musset joue d'emblée avec les codes : la comédie classique (Molière), la tragédie antique (le Chœur) et le vaudeville se mêlent dans un registre burlesque et héroï-comique.

Axes de lecture (cours)
Problématique : Comment Musset, jouant avec les attentes du lecteur/spectateur, nous présente-t-il des lieux et des personnages qui préparent une intrigue plus profonde qu'il n'y paraît ?
Mouvement 1 — Entrée en matière burlesque : Blazius présenté par le Chœur, registre héroï-comique, comique de geste et de situation
Mouvement 2 — Portrait indirect de Perdican : admiration exagérée du maître, métaphores hyperboliques, ambiguïté du personnage (pédant ou sincère ?)
Procédés littéraires clés
Registre burlesque / héroï-comique« Doucement bercé sur sa mule fringante » / « pareil à une amphore antique »Le style épique et solennel (amphore, chœur antique) décrit une scène triviale et grotesque — décalage qui crée l'effet comique
Chœur antique parodiéLe Chœur présente, narre et interpelle BlaziusLe Chœur de la tragédie grecque (qui commente) devient ici un personnage comique actif — Musset détourne la convention théâtrale
Oxymore« doucement bercé sur sa mule fringante »La mollesse de Blazius (doucement) s'oppose à l'énergie de la mule (fringante) — contraste source d'humour et de caractérisation
Réification« comme un poupon sur l'oreiller » (Blazius) / « un livre d'or », « un diamant fin » (Perdican)Les personnages sont déshumanisés par des comparaisons — Blazius est un pantin grotesque, Perdican un objet précieux mais froid
Portrait indirectPerdican décrit par Blazius sans jamais apparaîtreLe personnage principal est introduit à travers le regard admiratif (et suspect) de son précepteur — ambiguïté sur son vrai caractère
Hyperbole / métaphore filée« la bouche toute pleine de façons de parler si belles et si fleuries » / « c'est un diamant fin des pieds à la tête »L'exagération du portrait laudatif le rend ironique — le spectateur comprend que Perdican est peut-être plus pédant que génial
Question de grammaire possible
Propositions subordonnées relatives : « qu'il a coloriés d'encres de toutes couleurs de ses propres mains » — identifier la proposition principale (« des parchemins »), la prop. subordonnée relative déterminative (pronom relatif « que », antécédent « parchemins », fonction COD). Distinguer relative déterminative (indispensable au sens) et relative explicative (entre virgules, supprimable).
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🌊
La Vague
Todd Strasser
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La Ferme des Animaux
George Orwell
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⛵
L'Odyssée
Homère
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🎭
Cyrano de Bergerac
Edmond Rostand
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🔥
Fahrenheit 451
Ray Bradbury
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💌
Lettre d'une inconnue
Stefan Zweig
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👁️
1984
George Orwell
Ben Ross, professeur d'histoire dans un lycée californien, cherche à expliquer à ses élèves comment le peuple allemand a pu laisser faire le nazisme. Pour répondre à cette question, il lance une expérience : il crée un mouvement appelé "La Vague", fondé sur la discipline, l'action collective et la communauté. Très vite, les élèves sont séduits — le mouvement leur donne un sentiment d'appartenance et d'égalité. Mais l'expérience dérape : violence, exclusion, obéissance aveugle. Seule Laurie Saunders résiste et tente de dénoncer la dérive. À la fin, Ben Ross révèle à tous qu'ils viennent d'expérimenter eux-mêmes les mécanismes du totalitarisme.
Auteur
Todd Strasser
publié sous Morton Rhue en Europe
Origine
Fait réel — 1967
Expérience du prof Ron Jones, Californie
Mouvement littéraire
Littérature contemporaine
Roman réaliste, critique sociale
Lieu / Époque
Lycée américain, années 1960
Professeur d'histoire
Ben Ross
À l'origine de l'expérience. Figure du leader charismatique : bien intentionné au départ, il se laisse lui-même griser par le pouvoir que lui confère le mouvement. Représente comment un "bon" peut devenir un instrument de manipulation.
Rédactrice du journal du lycée
Laurie Saunders
L'héroïne critique. Elle ressent rapidement un malaise et résiste au mouvement, même quand son petit ami l'y pousse. Elle représente la résistance individuelle, la liberté de penser.
Petit ami de Laurie
David Collins
D'abord enthousiaste, il croit que La Vague apporte l'égalité. Il illustre comment quelqu'un de bien peut se laisser emporter par l'idéologie d'un groupe, avant de se réveiller.
Élève marginalisé
Robert Billings
Avant La Vague, il est exclu et moqué. Le mouvement lui donne enfin un sentiment d'appartenance. Son cas montre pourquoi les personnes vulnérables sont les premières à rejoindre les mouvements autoritaires.
1

Le totalitarisme et ses mécanismes

Slogan, salut, carte de membre, leader charismatique, uniformisation... Le roman décortique pas à pas comment un régime autoritaire se construit, même à petite échelle.

2

La manipulation et la pression sociale

Les élèves perdent leur sens critique sans s'en rendre compte. Le groupe devient plus fort que l'individu — rejoindre est naturel, résister est difficile et douloureux.

3

La responsabilité individuelle

Jusqu'où peut-on "suivre les autres" avant de devenir complice ? Le roman pose cette question sans donner de réponse facile.

4

La jeunesse comme cible

Les régimes autoritaires s'appuient toujours sur les jeunes. La Vague montre pourquoi : le besoin d'appartenance, d'idéal, d'identité collective.

5

Le danger de l'appartenance au groupe

L'appartenance à un groupe peut mener à l'exclusion, la violence et le rejet de ceux qui ne sont "pas comme nous".

6

La mémoire historique

L'expérience naît d'une question : "Comment les Allemands ont-ils pu laisser faire ?" — Le roman montre que ça peut arriver n'importe où.

1

Titre, auteur, contexte

Donner les informations de base rapidement et clairement.

"J'ai choisi La Vague, roman de Todd Strasser publié en 1981, également connu sous le pseudonyme Morton Rhue. C'est une œuvre de littérature contemporaine américaine, qui s'inscrit dans la tradition du roman réaliste et de critique sociale."
2

Fait réel + résumé rapide

Mentionner la base réelle, ça impressionne toujours l'examinateur.

"Ce roman est inspiré d'une expérience réelle menée par un professeur américain en 1967 en Californie. Il raconte comment Ben Ross, professeur d'histoire, crée un mouvement appelé La Vague pour expliquer le nazisme à ses élèves — et comment l'expérience dérape jusqu'à reproduire les mécanismes d'un régime totalitaire."
3

Pourquoi tu l'as choisi

C'est la partie la plus importante — voir la section suivante pour les angles.

"J'ai choisi ce livre parce que..."
4

Ce que ça t'a apporté

Une phrase sur ce que tu retiens, ce qui t'a marqué(e). Montre que tu as réfléchi.

"Ce roman m'a profondément questionné(e) sur ma propre capacité à résister à la pression d'un groupe."

Choisis l'angle qui te parle le plus — ou combine-les. L'important c'est d'être sincère.

😱

C'est basé sur des faits réels

Savoir que ça s'est vraiment passé — que de vrais lycéens ont vécu ça en 1967 — rend le livre glaçant. Ça ne reste pas dans la fiction, ça touche à quelque chose de vrai sur la nature humaine.

🪞

Il me pose une question inconfortable

En lisant, je me suis demandé : "Est-ce que moi, j'aurais rejoint La Vague ?" C'est perturbant parce que la réponse honnête n'est pas évidente. Ce livre oblige à se regarder en face.

🧠

Il explique l'Histoire mieux qu'un manuel

Comment des millions de personnes ont-elles pu laisser faire le nazisme ? La Vague répond à cette question de manière concrète, en montrant que la manipulation peut toucher n'importe qui.

⚡

La lecture est rapide mais le livre reste longtemps

C'est un roman court et très lisible, mais les questions qu'il soulève — sur la liberté, la responsabilité, le groupe — continuent de résonner bien après la dernière page.

Clique sur une question pour voir une piste de réponse.

Sur l'œuvre elle-même
Pourquoi l'expérience de Ben Ross dérape-t-elle ?
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Ben Ross sous-estime la puissance des mécanismes qu'il met en place. Le mouvement répond à des besoins réels des élèves : appartenance, égalité, identité. Une fois ces besoins satisfaits par le groupe, il devient très difficile de les faire renoncer. De plus, Ben Ross lui-même se laisse griser par son rôle de leader — il perd l'objectivité nécessaire pour voir la dérive à temps.
Comment le roman montre-t-il les mécanismes du nazisme ?
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Strasser reproduit les éléments clés d'un régime totalitaire à petite échelle : un leader charismatique (Ben Ross), un slogan ("La force par la discipline, la force par la communauté, la force par l'action"), un signe de reconnaissance, une carte de membre, une idéologie d'exclusion des non-membres, et l'utilisation de la jeunesse comme moteur. En réduisant ces mécanismes à un lycée, le roman les rend visibles et compréhensibles.
Quel personnage t'a le plus marqué(e) et pourquoi ?
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Répondre avec sincérité. Exemple : Robert Billings est fascinant car il incarne pourquoi les gens rejoignent les mouvements autoritaires — non par malice, mais par besoin d'appartenir. Avant La Vague, personne ne lui parlait. Le groupe lui donne enfin une identité. Ça rend le phénomène terriblement humain et compréhensible — et c'est ça qui est inquiétant.
Que représente Laurie Saunders dans le roman ?
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Laurie est la voix de la résistance individuelle. Elle représente le courage de douter, de s'opposer à la majorité, et de défendre sa liberté de penser même sous pression sociale. Son rôle est essentiel car il montre que la résistance est possible — mais qu'elle a un prix (elle est rejetée par ses amis, traitée de traîtresse).
Questions plus larges et personnelles
Peut-on rapprocher La Vague de situations actuelles ?
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Oui, plusieurs parallèles sont possibles : les réseaux sociaux créent des "bulles" où la pensée de groupe s'impose, où les voix dissidentes sont exclues. Les sectes reproduisent exactement les mécanismes de La Vague. Certains mouvements politiques contemporains jouent aussi sur le slogan, le chef charismatique et l'identité collective contre un "ennemi". Le roman montre que ces mécanismes sont intemporels.
Est-ce qu'à ta place, tu aurais rejoint La Vague ?
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C'est la question la plus difficile — et la plus intéressante. Répondre honnêtement : "Je veux dire non, mais le roman me montre que c'est plus compliqué. Au début, La Vague apporte quelque chose d'attrayant — l'égalité, la cohésion, le sentiment d'appartenir à quelque chose de plus grand. Je pense que comme beaucoup d'élèves dans le roman, j'aurais été séduit(e) au départ. La vraie question est : aurais-je eu le courage de résister comme Laurie quand la dérive est devenue évidente ?"
Quel est le message final du livre ?
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Le roman ne condamne personne mais avertit tout le monde. Son message : la manipulation n'est pas réservée aux "méchants" ou aux esprits faibles — elle peut toucher n'importe qui, même un professeur bienveillant. La seule protection est la conscience critique individuelle, la capacité à douter, à s'interroger, à résister à la pression du groupe. La liberté de penser n'est jamais acquise, elle doit être défendue.
En quoi ce livre t'aide à comprendre l'Histoire ?
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Avant de lire La Vague, la question "comment les gens ont-ils pu laisser faire le nazisme ?" restait abstraite. Après ce roman, elle devient concrète : on voit que ce ne sont pas des monstres qui ont suivi Hitler, mais des gens normaux, poussés par des besoins réels d'appartenance, de sécurité, d'identité. Comprendre ça est indispensable pour ne pas répéter les mêmes erreurs.

Citer ces références pendant l'entretien montre une vraie culture générale — c'est ce qui fait la différence entre un bon oral et un très bon oral.

Adaptation cinématographique

Die Welle — La Vague (2008)

Réalisé par Dennis Gansel · Allemagne · 1h41
De quoi ça parle ?

Le film transpose l'histoire dans l'Allemagne contemporaine des années 2000. Un professeur de lycée propose une expérience à ses élèves pour leur montrer comment un régime autoritaire peut naître. En une semaine, le mouvement qu'il crée — "La Vague" — devient incontrôlable : uniforme blanc, salut officiel, violence contre ceux qui ne rejoignent pas le groupe. La fin est bien plus sombre et brutale que celle du roman.

Ce qui change par rapport au livre
Situé en Allemagne aujourd'hui, pas dans les années 60 en Californie — ce qui le rend encore plus fort (pays de la Shoah)
La fin est beaucoup plus tragique et violente — un élève tire sur ses camarades puis se suicide
Le professeur est plus jeune et charismatique, sa propre séduction par le pouvoir est encore plus visible
Le film a été vu par 2,3 millions de personnes en Allemagne en 10 semaines — sujet toujours tabou là-bas
💬
À dire à l'oral : "Le film de Dennis Gansel reprend le même récit mais le situe dans l'Allemagne actuelle, ce qui est encore plus fort — dans le pays même du nazisme. La fin, bien plus violente que dans le roman, montre que Gansel ne voulait pas rassurer le spectateur : il voulait le choquer pour qu'il retienne la leçon."
Expérience de psychologie sociale

L'expérience de Milgram (1961–1962)

Stanley Milgram · Université Yale · États-Unis
Comment ça s'est passé ?

Stanley Milgram, psychologue à Yale, veut comprendre comment le peuple allemand a pu exécuter les ordres du nazisme. Il recrute des volontaires ordinaires et leur dit qu'ils participent à une expérience sur l'apprentissage. En réalité, le vrai sujet c'est l'obéissance à l'autorité. Un "élève" (faux acteur) doit répondre à des questions. À chaque mauvaise réponse, le volontaire doit lui infliger une décharge électrique — de plus en plus forte, jusqu'à 450 volts (level "danger : choc sévère"). L'élève crie, supplie d'arrêter. Le scientifique en blouse blanche répète : "Continuez, l'expérience l'exige."

Les résultats glaçants
65%
des participants ont administré le choc maximum de 450 volts jusqu'au bout
35%
ont refusé à un moment — mais tous ont quand même dépassé 300 volts

Personne n'a été réellement choqué — mais les participants ne le savaient pas. Leur détresse était réelle.

Le lien avec La Vague

Milgram et Strasser posent la même question : pourquoi des gens normaux obéissent-ils à une autorité, même quand ça va à l'encontre de leur conscience ? Dans La Vague, les élèves acceptent les règles de Ben Ross par respect de l'autorité et pression du groupe — exactement comme les participants de Milgram obéissent à la blouse blanche du scientifique. Les deux montrent que ce n'est pas une question de mauvaise personne, mais de contexte.

Les facteurs qui favorisent l'obéissance
La légitimité de l'autorité (un prof, un scientifique en blouse)
La pression progressive — on commence petit, difficile de s'arrêter
L'absence de modèle dissident — si tout le monde obéit, résister paraît anormal
La distance avec la victime — plus elle est loin, plus c'est facile d'obéir
💬
À dire à l'oral : "L'expérience de Milgram illustre en psychologie ce que La Vague illustre en littérature : que l'obéissance à l'autorité peut pousser des gens ordinaires à faire des choses qu'ils n'auraient jamais imaginé faire seuls. Les deux nous montrent que le mal banal — comme l'appelait Hannah Arendt — ne vient pas de monstres, mais de gens normaux placés dans le mauvais contexte."
🎯
Commence par une phrase d'accroche — par exemple mentionner que le livre est basé sur des faits réels. Ça capte l'attention de l'examinateur dès le départ.
💬
Prépare ta réponse au "pourquoi ce livre" à l'avance et entraîne-toi à la dire naturellement. C'est souvent la première question et elle donne le ton de tout l'entretien.
🧩
Connais le livre dans son ensemble — pas juste les extraits étudiés en classe. L'examinateur peut demander sur n'importe quel personnage, scène ou thème.
⚔️
Si l'examinateur te challenge, défends ton point de vue — c'est exactement ce qu'il cherche à évaluer. Nuance sans te rétracter complètement.
🔗
Fais des liens avec d'autres œuvres de l'année si possible — ça montre une culture littéraire plus large et peut sauver si tu séches sur La Vague.
😤
Montre de l'enthousiasme — même si tu stresses. Un candidat qui parle avec conviction d'un livre qu'il a aimé est toujours plus convaincant qu'un candidat parfaitement préparé mais monotone.
Écoute tout le contenu de cette fiche à voix haute — idéal pour réviser en mobilité ou les yeux fermés. Clique sur une piste pour commencer.

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🎯

Quiz Procédés

Une citation s'affiche — retrouve le procédé, révèle la réponse, marque si tu savais ou non.

Phrase simple = un seul verbe conjugué → une seule proposition.
Ex : « Gargantua a trouvé un torche-cul idéal. »

Phrase complexe = au moins deux verbes conjugués → au moins deux propositions.
Ex : « Gargantua a trouvé un torche-cul idéal et c'est un oison. »

1. La juxtaposition

Deux propositions reliées par un signe de ponctuation : virgule ( , ) point-virgule ( ; ) deux-points ( : ) — sans mot de liaison.

« [Rabelais est un humaniste] , [il était médecin]. »
💡 Astuce : supprime la ponctuation → les deux phrases sont indépendantes.
2. La coordination

Deux propositions reliées par une conjonction de coordination :
mais — ou — et — donc — or — ni — car

« [Rabelais est un humaniste] et [il est médecin]. »
💡 Moyen mnémo : mais ou et donc or ni car
3. La subordination

Une proposition principale + une proposition subordonnée reliées par un outil de subordination. La subordonnée dépend de la principale.

« [Rabelais met en avant le corps] [parce qu'il était médecin]. »
💡 La subordonnée ne peut pas fonctionner seule.
1
Subordonnée relative
Complète un NOM ou GN (antécédent). Introduite par un pronom relatif : qui, que, quoi, dont, où, lequel, laquelle, lesquels…
Fonction : adjective (supprimable) ou substantive (sans antécédent).
« [Rabelais est un humaniste] [qui met le corps au centre de sa philosophie]. »
→ antécédent : humaniste / pronom relatif : qui
Relative substantive : « Embrassez qui vous voulez. » (pas d'antécédent → le relatif est sujet)
2
Subordonnée conjonctive complétive par « que »
Complète un VERBE (verbe avant). Introduite par « que ». Fonction : COD du verbe principal.
« [Je pense] [que Rabelais est un humaniste]. »
→ prop. principale : Je pense / prop. sub. complétive : que Rabelais…
3
Subordonnée circonstancielle
Indique une circonstance (temps, cause, but, conséquence, concession, condition…). Souvent déplaçable et supprimable.
Temps quand, lorsque, dès que, avant que, après que « [Quand Rabelais parle du corps], [il est comique]. »
Cause parce que, puisque, vu que, comme, étant donné que « [Rabelais met en avant le corps] [parce qu'il était médecin]. »
But pour que, afin que, de peur que, de crainte que « [Rabelais fait rire] [pour que ses messages passent mieux]. »
Conséquence au point que, de sorte que, si bien que, tellement…que « [Gargamelle a tellement mangé de tripes] [qu'elle accouche Gargantua par l'oreille]. »
Concession / Opposition bien que, quoique, même si, alors que, tandis que « [Bien qu'il soit malade], [il travaille]. »
Condition si, à condition que, pourvu que, à moins que « [Si tu travailles], [tu réussiras]. »
4
Subordonnée interrogative indirecte
Fait partie d'une phrase complexe. Pas de point d'interrogation. Introduite par un mot interrogatif (si, pourquoi, quand, où, comment…). Verbe de la principale : demander, interroger, se demander…
« Nous pouvons nous demander si le poème est lyrique. »
« Je me demande quand ils arriveront. »
✏️ Exercice 1 — Identifier le type de phrase ▼

Pour chaque phrase : 1) dis si elle est simple ou complexe. Si complexe : 2) précise juxtaposition / coordination / subordination, et 3) si subordonnée, indique le type (relative, complétive, circonstancielle, interrogative indirecte).

1. « Gargantua étudie et il apprend vite. »
Phrase complexe — coordination (conjonction de coordination et). Les deux propositions sont indépendantes et reliées par et (moyen mnémo : mais ou et donc or ni car).
2. « Rabelais est médecin ; il comprend le corps humain. »
Phrase complexe — juxtaposition (point-virgule). Les deux propositions sont reliées par la ponctuation seule, sans mot de liaison. On pourrait les séparer en deux phrases simples indépendantes.
3. « Rabelais fait rire pour que ses messages passent mieux. »
Phrase complexe — subordination. Type : subordonnée circonstancielle de but (locution conjonctive pour que). Question à poser : « Dans quel but ? ». On peut la déplacer : « Pour que ses messages passent mieux, Rabelais fait rire. »
4. « Je pense que ce poème est lyrique. »
Phrase complexe — subordination. Type : subordonnée conjonctive complétive par « que ». Un verbe est devant (pense). Elle est COD du verbe principal. On la reconnaît car elle est introduite par que et suit directement un verbe.
5. « C'est un oiseau qui plane avec majesté. »
Phrase complexe — subordination. Type : subordonnée relative adjective. Pronom relatif qui, antécédent oiseau. Elle est adjective : on pourrait la supprimer (C'est un oiseau) sans changer le sens principal. Elle complète le GN.
6. « Bien que le loup soit libre, il est craint de tous. »
Phrase complexe — subordination. Type : subordonnée circonstancielle de concession (locution bien que). Elle associe deux idées qui s'opposent : être libre ≠ être craint. Elle est déplaçable (comme ici : placée en tête de phrase).
7. « L'albatros est majestueux dans les airs : il est gauche sur le pont. »
Phrase complexe — juxtaposition (deux-points). Les deux propositions sont reliées par les deux-points qui instaurent un rapport d'opposition. Pas de mot de liaison. C'est Baudelaire qui utilise ce contraste pour symboliser le destin du poète.
8. « Je me demande si Rimbaud a vraiment rompu avec la poésie. »
Phrase complexe — subordination. Type : subordonnée interrogative indirecte (mot interrogatif si, verbe principal demander). Pas de point d'interrogation. Elle est COD du verbe principal. On peut la transformer en question directe : « Rimbaud a-t-il vraiment rompu avec la poésie ? »
✏️ Exercice 2 — Textes du corpus ▼

Ces phrases sont tirées ou inspirées des textes étudiés en classe. Même consigne : identifie le type de phrase et justifie.

A. « Le poète ressemble au prince des nuées qui hante la tempête. » (Baudelaire, L'Albatros)
Subordination — relative adjective. Pronom relatif qui, antécédent prince des nuées. Elle est adjective (supprimable). C'est la comparaison centrale du poème : Baudelaire s'identifie à l'albatros, lui-même identifié au prince des nuées.
B. « La Boétie s'étonne que les hommes consentent à leur propre servitude. » (Discours de la servitude volontaire)
Subordination — complétive par « que ». Verbe s'étonne devant, prop. sub. introduite par que. COD du verbe principal. C'est le paradoxe central du Discours : la servitude n'est pas imposée, elle est choisie.
C. « Des Grieux la vit et il perdit la raison. » (Manon Lescaut, Abbé Prévost)
Coordination (conjonction et). Deux propositions indépendantes unies par et. La structure binaire (voir / perdre la raison) mime la rapidité du coup de foudre — une juxtaposition aurait un effet plus brutal, la coordination est plus fluide.
D. « Parce qu'il était médecin, Rabelais met le corps au centre de son œuvre. » (cours)
Subordination — circonstancielle de cause (locution parce que). La prop. sub. est placée en tête de phrase (déplaçable). Question à poser : « Pourquoi ? ». Elle est séparée de la principale par une virgule.

La phrase interrogative sert à poser une question. Elle se caractérise par un point d'interrogation (sauf l'interrogation indirecte) et l'inversion du sujet et du verbe. Quand elle n'attend pas de réponse, c'est une question rhétorique.

Interrogation directe

Phrase qui se termine par un point d'interrogation.

« Vient-il ? » / « As-tu vu Charles ? »
3 façons de la former :
① Inversion sujet-verbe : Manges-tu ?
② Est-ce que : Est-ce que tu pars ?
③ Intonation montante (oral, fam.) : Tu pars ?
Interrogation indirecte

Phrase qui se termine par un point. C'est une subordonnée dans une phrase complexe. Le verbe principal est un verbe interrogatif (demander, se demander…).

« Je me demande quand ils arriveront. »
« Nous pouvons nous demander si le poème est lyrique. »
Interrogation totale

L'interrogation porte sur toute la phrase. On peut répondre par oui ou non.

« As-tu vu Charles cette semaine ? »
→ Oui / Non.
⚠️ N'oublie pas le tiret à l'inversion. Ajoute un -t- si le verbe finit par une voyelle : Aime-t-il ?
Interrogation partielle

L'interrogation porte sur une partie de la phrase. Elle possède un mot interrogatif. On ne peut pas répondre par oui/non.

« Pourquoi viens-tu ? » / « Qui a fait cela ? »
Mots interrogatifs
Adverbes
commentpourquoioùquandcombien
Pronoms
quiquequoilequellaquellelesquels
Déterminants
quelquelsquellequelles
✏️ Exercice — Analyser une phrase interrogative ▼

Pour chaque phrase : 1) directe ou indirecte ? 2) totale ou partielle ? 3) comment est-elle formée ?

1. « Manges-tu à la cantine demain ? »
Directe, totale. Formée par inversion du sujet et du verbe (pronom personnel tu placé après le verbe). Point d'interrogation. On peut répondre par oui ou non. ⚠️ Le tiret est obligatoire à l'inversion.
2. « Est-ce que tu as lu Manon Lescaut ? »
Directe, totale. Formée avec la formule « est-ce que » — l'ordre sujet-verbe est conservé. Point d'interrogation. On peut répondre par oui ou non. C'est le registre courant (ni littéraire, ni familier).
3. « Tu pars en voyage demain ? »
Directe, totale. Formée par intonation montante (marque de l'oral). Même ordre qu'une phrase déclarative. Registre courant / familier. On la reconnaît à l'oral par la voix qui monte, à l'écrit par le point d'interrogation seul.
4. « Pourquoi Cyrano refuse-t-il d'avouer son amour à Roxane ? »
Directe, partielle. Mot interrogatif adverbial : « pourquoi ». On ne peut pas répondre par oui/non. Formation : mot interrogatif + inversion. ⚠️ Sujet = Cyrano (pas un pronom) : il faut ajouter un pronom de reprise (-il) après le verbe.
5. « Nous pouvons nous demander comment La Boétie définit la liberté. »
Indirecte. Pas de point d'interrogation — point simple. C'est une proposition subordonnée interrogative indirecte introduite par le mot interrogatif comment. Elle est COD du verbe principal demander. On peut la transformer : « Comment La Boétie définit-il la liberté ? »
6. « Qui a écrit le Discours de la servitude volontaire ? »
Directe, partielle. Mot interrogatif pronominal : « qui ». Il est sujet du verbe a écrit, donc pas d'inversion (on n'inverse pas quand qui est sujet). Réponse partielle attendue : La Boétie.
7. « Hélène aime-t-elle les glaces au chocolat ? » → Transforme en interrogative indirecte.
→ « Je me demande si Hélène aime les glaces au chocolat. » L'interrogative totale directe (est-ce que / inversion) devient une sub. interrogative indirecte introduite par si. L'ordre redevient sujet-verbe. Pas de point d'interrogation.
8. « Quel message Baudelaire transmet-il dans L'Albatros ? » → Transforme en interrogative indirecte.
→ « Je me demande quel message Baudelaire transmet dans L'Albatros. » Le déterminant interrogatif quel reste en tête de la subordonnée. L'inversion disparaît. Pas de point d'interrogation. Quel s'accorde avec message (masculin singulier).

Source : Émilie Pons — Lycée Dominique Villars, Gap. Point de grammaire : l'expression de la négation (classe de première)

A. Négation lexicale
Antonymie Mot contraire : rapide → lent
Dérivation préfixale Préfixe négatif : fini → infini, habile → malhabile, construire → déconstruire
Préposition « sans » Inverse le sens de « avec » : avec chapeau → sans chapeau
Adverbe « Non » Forme une phrase négative seul : Vient-il ? → Non.
B. Négation syntaxique
ne…pas / point / jamais / guère Construction standard : J'aime ce film → Je n'aime pas ce film.
ne + pronom indéfini rien, personne, aucun : Il n'écoute rien.
Personne ne sort d'ici.
ne + déterminant indéfini nul, aucun devant un nom : Nul lieu au monde ne me plaît.
Conjonction « ni » Coordonne dans une phrase négative : Il n'aime ni le chocolat ni les bonbons. (= remplace « et » en négatif)
Négation restrictive ne…que Pas une vraie négation : Il ne veut que travailler. = Il veut seulement travailler. (excepte l'élément qu'il nie)
Portée totale

Construite avec ne…pas / point → porte sur l'ensemble de l'idée exprimée.

« Il ne vient pas. » (négation de « Il vient »)
« Nous ne partons point. »
Portée partielle

Construite avec ne + mot négatif → porte sur un seul élément de la phrase.

« Elle ne mange rien. » (négation de quelque chose)
« Je n'entends personne. » (négation de quelqu'un)
« Je ne vais nulle part. » (négation de quelque part)
🗣️ Langage familier

L'adverbe « ne » est supprimé à l'oral.

« J'aime pas la guerre. »
📜 Langage soutenu / littéraire

Le « ne » seul suffit parfois (le second mot négatif est omis) — tour élégant, langue littéraire.

« Je ne saurais vous dire… » (= ne saurais pas)
« Elle n'ose insister. » (= n'ose pas)
⚠️ Le « ne » explétif

Le « ne » explétif s'emploie seul, sans autre adverbe de négation, et n'a pas de vrai sens négatif. Il apparaît après un verbe de crainte, de défense ou d'empêchement (craindre, éviter, empêcher, ne pas douter que…) et peut être supprimé sans changer le sens.

« J'ai peur qu'il ne vienne. » ← ne explétif : le locuteur craint qu'il vienne vraiment.
≠ « J'ai peur qu'il ne vienne pas. » ← vraie négation : il craint qu'il ne vienne pas.
💡 Le ne explétif peut être supprimé : « J'ai peur qu'il vienne » = même sens que « J'ai peur qu'il ne vienne ».
Le mot « non »
Mot-phrase Répond à une question : Veux-tu du pain ? Non.
Renforcement En début de phrase : Non, je ne veux pas prendre l'avion.
Antithèse Oppose deux mots (= « et pas ») : C'est un canidé, non un félin.
La conjonction « ni »

Conjonction de coordination qui relie deux groupes de même nature. Utilisée après un verbe pour nier plusieurs éléments à la fois. Équivaut à « et » dans une phrase négative.

« Je n'aime ni les cacahuètes ni les chips. »
« Il n'a ni mangé ni dormi. »

Quand une phrase contient à la fois une négation et une interrogation, on parle de phrase interro-négative. On répond avec « si » (pour affirmer) ou « non » — jamais « oui ».

« N'es-tu pas allé à la bibliothèque ? »
→ Si, je suis allé à la bibliothèque. / Non, je n'y suis pas allé.
« Ne comprends-tu pas que c'est injuste ? » (La Boétie)
→ Forme interro-négative rhétorique : la réponse attendue est Si, bien sûr. — c'est une manière d'impliquer le lecteur.
💡 L'interro-négative est fréquente dans les textes argumentatifs pour entraîner le lecteur à acquiescer : « N'est-il pas évident que… ? »

La négation peut prendre une portée argumentative, notamment quand un locuteur s'oppose à son interlocuteur. Dans un dialogue, une dispute ou un discours, la forme négative devient un outil de combat (le mot « pragmatique » renvoie, étymologiquement, à une action dans le réel). La phrase négative sert alors à :

Polémique

S'opposer violemment à une thèse adverse.

« Ce n'est pas de la liberté, c'est de la lâcheté. » (La Boétie)
Réfutation

Contredire un argument avec méthode.

« Non, merci ! » — Cyrano refuse catégoriquement, une seule négation suffit.
Contradiction

Invalider ce que l'autre vient de dire.

« Je ne t'ai jamais dit que je t'aimais. » (Musset, On ne badine pas)
💡 À l'oral du bac, si l'examinateur te demande l'effet d'une phrase négative, pense à cette dimension : est-elle polémique ? de réfutation ? ou simplement descriptive ?
🎭 Exercice — Phèdre, Racine (1677) ▼

Repérez et analysez l'expression de la négation dans ces vers.

1. « Ô désespoir ! ô crime ! » (I, 3)
« Désespoir » = antonyme de « espoir », par dérivation préfixale (préfixe négatif dé-).
2. « Voyage infortuné ! Rivage malheureux. » (I, 3)
« Infortuné » = antonyme de « fortuné » (préfixe in-) ; « malheureux » = antonyme de « heureux » (préfixe mal-). Négation lexicale par dérivation préfixale.
3. « Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler. » (I, 3)
« ne…plus » → négation de portée partielle (≠ « Mes yeux voyaient encore »). « Je ne pouvais parler » → ne seul, tour littéraire : économie du second adverbe (on aurait pu dire « ne pouvais pas parler »).
4. « Mais si pour concurrent je n'avais que mon frère. » (II, 2)
« ne…que » = négation restrictive : correspond à « j'avais seulement mon frère ». Elle exclut « mon frère » des éléments niés (n'est pas une vraie négation).
5. « Je crains qu'un songe ne m'abuse. » (II, 2)
« ne » explétif : s'emploie seul après « craindre » sans sens négatif. Le locuteur craint que le songe l'abuse vraiment. Tour élégant, peut être supprimé sans changer le sens.
📚 Exercice — Négation dans les textes du corpus ▼

Repérez et analysez l'expression de la négation dans ces phrases extraites ou inspirées des textes étudiés en classe.

1. « L'albatros ne marche plus avec majesté sur le pont du navire. » (d'après Baudelaire)
Adverbes de négation ne…plus → négation de portée partielle (négation de « encore » : il marchait avec majesté dans les airs, mais plus maintenant). C'est le renversement tragique : la majesté du vol devient gaucherie à terre.
2. « Les marins ne respectent guère la grandeur du poète. » (d'après Baudelaire)
Adverbes de négation ne…guère → portée totale (= ils ne respectent absolument pas). Guère = presque pas, dans un registre littéraire soutenu. C'est le thème central de L'Albatros : le génie est incompris de la foule vulgaire.
3. « Nul homme ne devrait se soumettre sans comprendre pourquoi. » (d'après La Boétie)
ne + déterminant indéfini « nul » devant un nom → négation syntaxique de portée totale. Nul nie l'existence de tout homme qui se soumettrait. Tour élégant, registre soutenu. C'est le cœur du Discours de la servitude volontaire.
4. « Des Grieux n'avait jamais ressenti une telle émotion. » (d'après Manon Lescaut)
Adverbes de négation ne…jamais → portée totale (aucune fois dans le passé). L'adverbe jamais marque l'absolu — le coup de foudre pour Manon est une expérience totalement inédite pour Des Grieux.
5. « Il craignait que le destin ne les séparât à jamais. » (d'après Manon Lescaut)
« ne » explétif : employé seul, après le verbe de crainte craindre, sans sens négatif. Le personnage craint que la séparation arrive réellement. Tour littéraire élégant — peut être supprimé sans changer le sens : « Il craignait que le destin les séparât » = même sens.
6. « Il n'y a rien de plus triste que l'exil. » (d'après Rimbaud, Ma Bohème)
ne + pronom indéfini « rien » → négation syntaxique de portée partielle (négation de « quelque chose »). Rien porte sur le complément — c'est une comparaison superlative négative. La négation renforce l'intensité de la tristesse.
7. « Camille et Perdican ne s'aiment pas, ils se le prouvent sans cesse. » (d'après Musset, On ne badine pas)
Deux négations : ne…pas (négation syntaxique standard, portée totale) + sans (négation lexicale, préposition privative). La juxtaposition des deux formes renforce le paradoxe mussetien : le refus de l'amour est lui-même une preuve d'amour. Dimension pragmatique : polémique.
8. « Non, merci ! » (Cyrano de Bergerac, Rostand, Acte II)
L'adverbe « Non » seul forme une phrase négative. C'est la réponse à une proposition de mécénat. Dimension pragmatique : réfutation absolue, refus catégorique. Cette formule est emblématique du refus de Cyrano de toute compromission — sa liberté est dans ce « Non » qui tient lieu de tout discours.

L'examinateur peut te demander un exercice de réécriture/transformation à l'oral. Voici les 3 types avec les phrases exactes à prononcer pour avoir les points.

① La phrase complexe — créer une subordonnée
Exemple A — subordonnée circonstancielle de condition
Départ : « Quittez les bois ; vous ferez bien. » (La Fontaine)
Transformée : « Si vous quittez les bois, vous ferez bien. »
📢 À dire à l'oral

« J'ai transformé deux propositions indépendantes juxtaposées en une phrase complexe. La seconde proposition est devenue la proposition principale ("vous ferez bien"), tandis que la première est devenue une proposition subordonnée circonstancielle de condition ("Si vous quittez les bois"), introduite par la conjonction de subordination "si". »

Exemple B — subordonnée relative
Départ : « Lycurgue avait nourri deux chiens. Ces deux chiens étaient frères. » (La Boétie, texte 3)
Transformée : « Lycurgue avait nourri deux chiens qui étaient frères. »
📢 À dire à l'oral

« J'ai fusionné les deux phrases indépendantes. "qui étaient frères" est une proposition subordonnée relative. Elle est introduite par le pronom relatif "qui", qui remplace son antécédent, le groupe nominal "deux chiens". Sa fonction est complément de l'antécédent. »

② L'interrogation — du style direct au style indirect
Départ : « Comment appellerons-nous ce vice ? » (La Boétie, texte 1)
Transformée : « L'auteur se demande comment nous appellerons ce vice. »
📢 À dire à l'oral

« Pour passer au discours indirect, j'ai introduit un verbe de parole principal ("L'auteur se demande"). L'interrogation directe devient une proposition subordonnée interrogative indirecte introduite par l'adverbe interrogatif "comment". Le point d'interrogation est supprimé et l'inversion sujet-verbe ("appellerons-nous") est rétablie dans l'ordre habituel ("nous appellerons"). »

③ La négation — changer le type de négation
Exemple A — négation totale → négation restrictive (ne…que)
Départ : « Je ne veux pas de vos repas. » (négation totale)
Transformée : « Je ne veux que la liberté. » (négation restrictive)
📢 À dire à l'oral

« J'ai modifié la portée de la négation. La phrase de départ présentait une négation totale avec "ne… pas". Dans la phrase transformée, j'ai mis en place une négation restrictive à l'aide des mots "ne… que", ce qui limite l'action du verbe. »

Exemple B — négation syntaxique → négation lexicale
Départ : « La condition des loups n'est pas heureuse. » (négation syntaxique)
Transformée : « La condition des loups est misérable. » (négation lexicale)
📢 À dire à l'oral

« J'ai transformé une négation syntaxique (qui reposait sur les adverbes "n'… pas") en une négation lexicale. J'ai supprimé les mots de la négation et j'ai remplacé l'adjectif par son contraire grâce à un mot de sens négatif ("misérable"), ce qui conserve le sens de la phrase sans outils grammaticaux. »

Phrases issues des textes étudiés en classe, analysées grammaticalement par séquence. Clique pour voir l'analyse complète.

Séquence 1 — La Boétie / La Fontaine
« Comment appellerons-nous ce vice, cet horrible vice ? » (La Boétie)
Interrogation directe partielle avec inversion sujet-verbe, introduite par l'adverbe interrogatif comment.
« Il semble / que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur / qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens… » (La Boétie)
Phrase complexe avec trois propositions emboîtées :
• Prop. principale : Il semble
• Prop. subordonnée complétive : que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur
• Prop. subordonnée conjonctive (valeur de condition) : qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens
« Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? » (La Boétie)
La prop. principale est coupée en deux (Les pieds [...] ne sont-ils pas aussi les vôtres ?). Au milieu est glissée une prop. subordonnée relative (dont il foule vos cités), introduite par le pronom relatif dont (antécédent : les pieds). Fonction : adjective.
« si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu » (La Boétie)
Phrase complexe avec deux subordonnées circonstancielles rattachées à la principale il se perd :
• Concession : si bon que soit le naturel
• Condition : s'il n'est entretenu
« Un Loup n'avait que les os et la peau » / « Il ne tiendra qu'à vous » (La Fontaine)
Négations restrictives construites avec ne… que = seulement / uniquement. Le loup a seulement les os et la peau. Effet : mise en valeur de l'unique élément conservé.
Séquence 2 — Rimbaud / Baudelaire
« Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal » (Rimbaud, Ma Bohème)
2 propositions indépendantes juxtaposées, séparées par un point-virgule.
« J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal » (Rimbaud, Ma Bohème)
2 propositions indépendantes coordonnées par la conjonction de coordination et.
« Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes de rosée… » (Rimbaud, Ma Bohème)
Prop. subordonnée relative introduite par le pronom relatif où, complétant l'antécédent soirs de septembre. Valeur : complément de temps.
« Le Poète est semblable au prince des nuées / Qui hante la tempête… » (Baudelaire, L'Albatros)
Prop. principale (Le Poète est semblable…) + prop. subordonnée relative (Qui hante la tempête…), introduite par le pronom relatif qui (antécédent : prince des nuées).
« C'est un trou de verdure où chante une rivière » (Rimbaud, Le Dormeur du val)
Prop. principale (C'est un trou de verdure) + prop. subordonnée relative (où chante une rivière), introduite par le pronom relatif où (antécédent : trou de verdure). Valeur : lieu.
Séquence 3 — Abbé Prévost / Flaubert
« Quoi qu'elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses… » (Prévost, Manon Lescaut)
Prop. principale (elle reçut mes politesses…) précédée d'une prop. subordonnée circonstancielle de concession (Quoi qu'elle fût encore moins âgée que moi), introduite par la locution quoi que.
« Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent aussitôt. » (Prévost, Manon Lescaut)
Prop. principale (il en sortit quelques femmes) + prop. subordonnée relative (qui se retirèrent aussitôt), introduite par le pronom relatif qui (antécédent : quelques femmes).
« En même temps qu'il passait, elle leva la tête » (Flaubert, L'Éducation sentimentale)
Prop. subordonnée circonstancielle de temps (En même temps qu'il passait), introduite par la locution en même temps que, rattachée à la prop. principale (elle leva la tête).
« Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours… » (Flaubert, L'Éducation sentimentale)
Prop. subordonnée circonstancielle de cause (Comme elle gardait la même attitude), introduite par la conjonction comme (= parce qu'elle). Rattachée à la prop. principale.
Séquence 4 — Musset / Victor Hugo
« Sais-tu ce que c'est que des nonnes, malheureuse fille ? » (Musset, On ne badine pas)
Interrogation directe partielle avec inversion sujet-verbe (Sais-tu). Mot interrogatif : ce que.
« Vous me faites peur ; la colère vous prend aussi. » (Musset)
2 propositions indépendantes juxtaposées reliées par un point-virgule.
« Tous les hommes sont menteurs, faux, inconstants. » (Musset)
Le mot inconstants exprime une négation lexicale par l'utilisation du préfixe privatif in- (= qui ne sont pas constants).
« Je suis plus que le roi puisque la reine m'aime » (Hugo, Ruy Blas)
Prop. principale (Je suis plus que le roi) + prop. subordonnée circonstancielle de cause (puisque la reine m'aime), introduite par la conjonction causale puisque. La cause est présentée comme une évidence connue.
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